6 mois après le séisme, l’hiver défie les populations rescapées au Népal

Suite aux séismes, des ouvriers, ouvrières travaillent dans les maisons qui se sont écroulées. Ces ouvriers sont des travailleurs journaliers et appartiennent à la dernière caste, le système de caste au Népal étant presque similaire à celui de l'Inde. Certains d'entre eux descendent des montagnes pour y gagner de l'argent afin de reconstruire leurs propres maisons laissées telles quel faute de moyens financiers. La plupart du temps, ces derniers dorment dans ces maisons avec leur famille qui menacent de s'effondrer à tout moment, sans compter sur les secousses régulières qui sévissent encore au Népal.

[rev_slider nepal-6-mois-cover]

Patients et soignants ont été affectés par le même drame et ils ont besoin d’être accompagnés psychologiquement pour continuer leur travail et reprendre leur vie quotidienne

— Martin Rosselot, directeur des opérations au Népal —



Reconstruire

Alors que le pays se relevait doucement, une crise politique liée à la nouvelle constitution a éclaté début août. Dans le sud du pays, plusieurs districts ont été fermés à cause des grèves et des manifestations menées par les partis politiques opposés à la nouvelle constitution, adoptée officiellement le 20 septembre. Au moins 45 personnes ont été tuées dans des combats entre manifestants et forces de l’ordre. Avec la fermeture des frontières, l’approvisionnement de la capitale et d’autres districts en gaz et en pétrole, importés d’Inde, s’est complexifié. Les derniers changements politiques ont permis un apaisement des tensions, tandis que les travailleurs humanitaires se sont massivement mobilisés pour éviter des délais dans l’acheminement de l’aide aux Népalais affectés par le séisme.

Malgré l’instabilité politique, le pays est aujourd’hui dans une phase de reconstruction. Lors de la Conférence Internationale pour la Reconstruction du Népal, le 25 juin dernier, les bailleurs internationaux se sont ainsi engagés financièrement à hauteur de la moitié du budget nécessaire. Cependant, des retards dans l’établissement d’une autorité nationale pour gérer la reconstruction n’ont pas encore permis la mise en place de programmes. Entre temps, la communauté humanitaire concentre ses efforts pour éviter la détérioration des conditions de vie des personnes touchées par le séisme, particulièrement avec l’arrivée de l’hiver.

Nos équipes, présentes au Népal depuis 2005 et plus précisément à Katmandou et dans le district de Saptari pour lutter contre la sous-nutrition, se sont mobilisées dès les premières heures après le séisme pour venir en aide aux rescapés du tremblement de terre.


Les séquelles du séisme

Photographies de Stephen Dock

[rev_slider nepal-6-mois-gallery]


Retour sur six mois d’intervention

A la suite du séisme, plus de 500 000 maisons ainsi qu’un nombre important de bâtiments publics ont été détruits. Des milliers de survivants se sont retrouvés sans logement, sans accès à l’eau potable ni aux systèmes d’assainissement. Action contre la Faim a lancé une intervention d’urgence ainsi que des évaluations sur le terrain pour répondre au mieux aux besoins des sinistrés.

Pour renforcer nos équipes sur place, le lundi 27 avril, onze experts ont rejoint le Népal. Expérimentés pour évaluer les besoins urgents et coordonner les interventions sur place, ils ont pu réceptionner les 11 tonnes de matériel qui ont été envoyées le mardi 28 avril de Paris à Katmandou. Ces 11 tonnes de matériel comprenaient des fournitures de secours, des unités de purification et de traitement de l’eau, des tablettes de chlore, des pompes, des robinets et des matériaux de construction pour des toilettes, ainsi que du matériel pour mettre en place des espaces pour les enfants traumatisés par la catastrophe et leurs mères.

Découvrez le témoignage de Julien Eyrard, Référent WASH – eau, assainissement et hygiène. Il explique les interventions mises en place par nos équipes au Népal pour venir en aide aux populations touchées par le séisme.

Notre intervention au Népal – Santé Mentale à Suryamati & Chaughada

“Action contre la Faim (ACF) m’a aidé à gérer le stress et parler ouvertement avec d’autres femmes” explique Dulga Rai, 20 ans (village de Chaughada).


La sécurité alimentaire au cœur de la réponse d’Action contre la Faim

Les interventions en sécurité alimentaire ont commencé début mai sur la base des évaluations rapides menées par l’équipe d’urgence.

Dans un premier temps, il a fallu fournir du matériel pour permettre aux personnes de pouvoir s’abriter et se protéger. Les équipes d’ACF ont distribué 1 942 kits pour l’hébergement, 2 165 kits pour cuisiner, et 527 foyers ont reçu des sacs pour conserver les graines, afin de préserver leurs prochaines récoltes. Après les premières distributions, ACF a travaillé avec les comités de développement des villages et les districts pour mettre en place des programmes de soutien financier en échange du nettoyage des débris, une activité plus connue sous le nom de Cash for Work. Une initiative vitale pour restaurer l’accès aux espaces publics, qui est une étape dans la reconstruction psychologique des populations et qui permet une assistance plus flexible. ACF a pu venir en aide à 2 400 foyers et injecté plus de 250 000 euros dans l’économie locale, sous forme d’argent et d’outils pour la reconstruction et l’agriculture. Une étude réalisée après ces distributions a montré que plus de 50% de l’argent distribué avait été utilisé pour l’achat de nourriture, 15% pour les travaux de réparation des maisons et 8% pour le remboursement des prêts.

A l’heure actuelle, les dernières études réalisées par le Nepal Food Security Monitoring System (NeKSAP) ont montré que 530 000 personnes se trouvent toujours en insécurité alimentaire haute à sévère, dans 11 des districts touchés par le séisme.

Afin de restaurer et protéger les moyens de subsistance et continuer à renforcer la capacité de résilience des populations, ACF va prolonger son programme de Cash for Work afin d’aider 2 600 familles supplémentaires. L’organisation va également permettre à 800 familles de se familiariser avec la gestion des risques liés aux catastrophes naturelles et la préservation du bétail et de l’agriculture dans de telles circonstances.


Soulager psychologiquement les survivants

Les niveaux de stress étaient encore extrêmement élevés deux mois après le tremblement de terre. Difficile de gérer son stress et reprendre une vie normale lorsque les répliques du séisme sont quotidiennes. Six mois plus tard, le niveau de stress a globalement diminué, mais les besoins individuels restent à la hausse. Les familles les plus vulnérables continuent à se battre pour conserver des conditions de vie décentes, tandis que ceux qui n’en sont pas capables développent stress et anxiété. Après la phase d’urgence, la réponse psychosociale s’adresse davantage aux familles dont l’autonomie est réduite à cause de leurs nouvelles conditions de vie.

Dans les trois premiers mois suivants le tremblement de terre, ACF a mis en place des activités en santé mentale dans la vallée de Katmandou, ainsi que dans les districts de Nuwakot et Rasuwa, où nos équipes interviennent également auprès des enfants de moins de cinq ans atteints de malnutrition aiguë sévère.

L’aide psychosociale mise en place s’adresse à des groupes et peut se faire en session individuelle.

Elle permet aux adultes de comprendre et gérer leur stress, afin d’améliorer leur bien-être et celui de leurs enfants. Des sessions de jeux pour les plus petits leur permettent de se détendre et de mieux appréhender leurs réactions à la suite d’un événement traumatique. Depuis le séisme, nos équipes ont soutenu et conseillé près de
5800
et formé plus de
1000
bénéficiaires (personnel médical, enseignants et travailleurs humanitaires) à la gestion du stress dans les districts où ACF opère.

Tandis que le soutien direct dans les camps continue, les zones d’intervention doivent s’élargir pour prendre en compte les villages isolés des districts de Nuwakot et de Rasuwa.


[rev_slider nepal-6-mois_infographie_01]


Renforcer l’aide humanitaire avec l’arrivée de l’hiver

Bien que la situation humanitaire générale au Népal se soit améliorée, les populations affectées par le tremblement de terre continuent à avoir besoin d’une assistance humanitaire. Dans le pays, 3,8 millions de personnes ont toujours besoin d’un soutien pour accéder à de l’eau potable. Les agences spécialisées dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène ont fourni de l’eau à 2,9 millions de personnes et assisté des milliers d’autres dans les domaines de l’assainissement et de l’hygiène.

Etant donné les dommages qu’ont subi les infrastructures sanitaires, restaurer l’accès aux services de bases a été l’une des priorités. Et cette priorité s’est également appliquée aux infrastructures hydriques et aux systèmes d’assainissement. Dans un premier temps, ACF a ainsi mis en place des systèmes de distribution de l’eau et réparé ceux qui étaient endommagés afin de maintenir l’accès à l’eau potable.

41600
personnes ont bénéficié de nos systèmes de distribution de l'eau au cours des derniers mois
L’approvisionnement en eau et les services d’assainissement restent une priorité pour les personnes déplacées vivant dans les camps des districts de Nuwakot et Rasuwa.

Ne sachant pas si ces personnes seront en capacité de retourner chez elles avant l’hiver, il est crucial de maintenir une assistance correspondant à leurs besoins.

ACF a par ailleurs acheminé de l’eau dans ces communautés, construit des latrines temporaires, et distribué des kits d’hygiène.

Beaucoup reste encore à faire pour que les districts affectés bénéficient d’un système d’assainissement et d’infrastructures hydriques durables.

81000
foyers vivant à plus de 2 000 mètres d’altitude vont avoir besoin d’assistance rapidement afin d’éviter les conséquences potentiellement dramatiques de l’hiver.

Partager “Népal, six mois après le séisme” autour de vous

ACF a démarré sa mission au Népal en 2005, afin de répondre aux besoins importants identifiés dans les zones isolées de l’Ouest du Népal. Avant le séisme, ACF-Népal intervenait auprès du Bureau de la Santé Publique du district de Saptari, dans l’Est du Terai, afin de renforcer ses capacités d’intégration du CMAM (Community Management of Acute Malnutrition ou gestion communautaire de la malnutrition aiguë) dans le système de santé. Un volet psychosocial a été ajouté au programme en 2014, afin d’étudier l’impact de cette activité sur le développement des enfants. Par ailleurs, ACF s’occupait également du renforcement des capacités en nutrition dans le district de Makwanpur, en partenariat avec d’autres ONG.

Depuis le tremblement de terre, ACF a développé ses programmes pour répondre à l’urgence dans les districts de Nuwakot, Rasuwa, Makwanpur, Kathmandu, Lalitpur et Bakthapur, avec une intervention dans les domaines de l’hébergement, l’eau et l’assainissement, la nutrition, et la santé mentale. ACF a une forte présence opérationnelle régionale, avec des programmes au Bangladesh, en Inde, au Pakistan et au Myanmar.

Posté le 20 octobre 2015 dans Live, Multimédias, Népal, Reportages interactifs

Partager

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

18 − 3 =

Back to Top