Bangladesh : avec les Rohingya fuyant le Rakhine #1

Alors que la crise et la violence sévissent dans l’État de Rakhine (Myanmar), des hommes et des femmes ordinaires racontent leur histoire.

Une explosion de violence dans l’État de Rakhine au Myanmar, déjà en proie à des troubles, a provoqué depuis le 25 août la fuite de 270 000 personnes vers le Bangladesh voisin. Par ailleurs, 40 000 réfugiés extrêmement vulnérables seraient bloqués à la frontière depuis des jours, dans des abris de fortune. Ils ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence, en particulier les enfants et les jeunes mères. Comme en témoigne la situation de détresse des réfugiés et des personnes à proximité des zones de combats, la violence qui frappe le pays expose plusieurs milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents aux maladies, à un accès inadéquat à l’eau potable et à une grave insécurité alimentaire. Les histoires de quelques-uns de ces réfugiés, leur esprit combatif, les pertes qu’ils ont subies, nous font toucher du doigt les conséquences de l’instabilité actuelle de l’État de Rakhine et prendre conscience du lourd tribut payé par des hommes, des femmes et des enfants ordinaires. Nurun, Hasina, Abdul et Kulsuma, qui font partie des réfugiés des centres d’urgence d’Action contre la Faim de Kutupalong, où une aide alimentaire d’urgence est distribuée, nous racontent leur détresse.

  Le témoignage de Nurun Naha, réfugiée Rohingya au Bangladesh

Le témoigage de NURUN NAHA

Nurun, 26 ans, a traversé la frontière entre le Myanmar et le Bangladesh le 28 août, trois jours après l’éruption de violences dans l’État de Rakhine. Elle est arrivée au Bangladesh avec huit de ses enfants. ”J’ai dû laisser un de mes enfants là-bas et je ne sais pas où est mon mari”, a expliqué Nurun inquiète. ”Quand les violences se sont intensifiées, on a couru se cacher où on pouvait en plein milieu de la nuit. Notre seule priorité était de survivre.” Nurun Nahar s’inquiète de savoir si son fils de huit ans a pu passer la frontière avec quelqu’un et espère retrouver son mari et son fils au Bangladesh où elle et le reste de sa famille ont trouvé refuge dans ce contexte de crise. ”Hier, quand nous sommes arrivés au Bangladesh, nous ne savions pas où aller et nous sommes restés sur le bord de la route. Nous avions faim et les enfants pleuraient. Un étranger nous a vus et nous a offert à manger et un endroit où nous abriter. Ce matin, on nous a encore donné à manger. J’ai honte de demander plus, ils font tellement pour nous. Je voudrais rentrer à la maison à Rakhine,” dit tristement Nurun, tandis qu’elle s’occupe de son fils âgé de quinze jours.

  Le témoignage de Hasina, réfugiée Rohingya au Bangladesh

Le témoigage de HASINA

Hasina, 27 ans, mère de cinq enfants, est arrivée au Bangladesh avec ses enfants après avoir passé deux nuits à la frontière. Lorsque le conflit a éclaté dans le nord de l’État de Rakhine, son mari a été tué, pris sous des tirs croisés. ”Ce n’était pas lui la cible. Je travaillais dans une rizière ce jour-là quand j’ai entendu mes voisins raconter un incident dont ils avaient été témoin. C’est comme ça que j’ai appris qu’il était mort. Cet après-midi-là, j’ai dû fuir pour sauver mes enfants. Je n’ai même pas pris le temps d’enterrer son corps.” Sa voix se fait plus douce lorsqu’elle raconte son histoire. Comme d’autres réfugiés, Hasina et ses enfants ont dû marcher plusieurs kilomètres sous des pluies torrentielles, dormir dehors et se cacher dans des buissons pour échapper à la violence avant d’atteindre le Bangladesh. ”Quand nous avons traversé la rivière, des proches parents de certains réfugiés sont venus les aider. Mais nous, nous n’avions personne. Il nous a fallu des heures pour trouver de l’aide. Puis, un homme du village est venu à notre aide”, raconte Hasina. Sans proches parents au Bangladesh, Hasina a peur quand elle pense à l’avenir. Elle veut retourner au Myanmar où ses parents sont restés, mais elle ignore s’ils seront vivants à son retour.

 

Le témoigage d’ABDUL MALEK

Il était environ trois heures du matin lorsque la famille d’Abdul Malek s’est réveillée sous les coups de feu et les cris. Trois nuits après l’escalade de la violence, Abdul, 48 ans, et sa famille, ont rejoint les milliers de familles affluant vers la frontière avec le Bangladesh. ”Nous avons marché dans l’obscurité pendant huit heures, sans nous arrêter. Nous avions peur que les militaires nous voient et nous tirent dessus”, explique Abdul tandis qu’il raconte sa terrifiante expérience. Avant de repartir pour un camp de réfugiés, lui et sa famille ont passé la nuit dans un no man’s land où la police des frontières bangladaise surveille étroitement la frontière entre le Myanmar et le Bangladesh. Abdul a trouvé un abri temporaire dans le camp pour sa famille, mais il ignore ce que l’avenir lui réserve. Dans l’État de Rakhine, il était maître d’école, maintenant il se sent pris au piège dans une situation épouvantable, une crise dont nul ne semble entrevoir la fin. ”Je suis reconnaissant d’avoir au moins un repas par jour, ma famille peut survivre.”

 

Le témoigage de KULSUMA

Kulsuma, vingt-sept ans, enceinte de cinq mois, a été évacuée vers le Bangladesh par son mari et ses parents après l’éruption de violences dans le nord de l’État de Rakhine où elle et sa famille vivaient. Elle est arrivée au Bangladesh avec deux de ses enfants, âgés de moins de cinq ans. ”L’an dernier, en octobre, lorsque la situation s’est aggravée, mon beau-frère et sa famille se sont réfugiés au Bangladesh. Mes enfants et moi resterons avec eux. Je crois que mes parents essaieront de passer la frontière ce soir pour nous rejoindre. J’ignore où nous irons ensuite. Ils ont brûlé nos maisons,” raconte Kulsuma.

 

Posté le 21 septembre 2017 dans Asie, Bangladesh, Live

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