La belle-mère et le père, piliers de la famille

A Kaboul, le regard de Giovanna Winckler-Roncoroni, psychologue à Action contre la Faim.

J’ai été impressionné par les récits, la découverte d’une société complexe où les rôles de chacun semblent intouchables, immuables bien que source de souffrance dont les hommes et les femmes en parlent sans toutefois dire qu’il faudrait faire autrement…

Dans le cadre de ma recherche sur les pratiques de soins et la santé mentale, je souhaite parler directement, en toute confidentialité, à la femme concernée. Les femmes se lèvent, sortent de la tente ; les enfants restent, curieux de savoir ce qui se passe. Mais une femme reste accroupie, en silence, plus âgée. Elle me dit : « elle est jeune ne saura pas répondre aux questions ». Un silence, un sourire, la jeune femme regarde dans le vide, ne dit rien. Je comprends que je ne dois pas insister. C’est ainsi que j’apprends à connaitre le rôle des belles-mères, figure centrale de la famille Afghane, gardienne du foyer. Sans sa présence la jeune femme ne peut pas parler.

La belle-mère est dans une position de pouvoir, d’autorité sur sa belle-fille. Ce rôle est socialement accepté et intégré dans la structure familiale. La famille du mari devient la famille de la jeune mariée. La dynamique qui se joue est complexe et dépend de la personnalité de la belle-mère.

Cette femme a vécu dans l’obéissance à ses parents et, une fois mariée, a été -elle aussi- soumise à l’autorité de sa belle-mère et de son mari. Cette fois c’est elle qui peut commander, seule occasion de sa vie où elle peut exercer son autorité sur quelqu’un avec pleins pouvoirs dans la maison. Elle décide des tâches quotidiennes que la jeune mariée doit accomplir, l’assiste pendant l’accouchement à la maison, a le droit de la punir, avec violence et parfois en la battant, pour un comportement qu’elle considère inapproprié. Elle a son mot à dire à son fils pour qu’il la punisse si elle n’accomplit pas son devoir. Toutefois, elle peut aussi traiter sa belle-fille comme une fille, l’accompagner dans la découverte de sa nouvelle vie, lui apprendre les tâches qui vont rythmer son quotidien, l’aider lorsque le quotidien devient trop lourd. « J’ai du tout lui apprendre, elle était si jeune, ne savait rien faire, elle est devenue comme une fille… » Une belle-mère peut soutenir sa belle-fille ou même la protéger quand son fils est difficile et essayer de la défendre sans avoir toutefois autorité sur lui. C’est le mari qui a le pouvoir de décision sur sa femme et ses enfants.

L’intérieur de la tente, de la maison est le domaine des femmes, l’homme n’y intervient pas pourvu que le travail soit fait, le repas préparé, l’intérieur accueillant. Il n’intervient pas dans les histoires des femmes.

Dès que ses enfants commencent à sortir seuls de la tente, du territoire de la mère, le père les accompagne dans cette découverte du monde que leur mère, souvent, ne connait qu’à travers les yeux et les récits des hommes de la famille. Il amène les enfants en dehors du camp, à la mosquée, leur apprend le respect des vieux, les prépare à leur vie d’adulte. L’homme attend accroupi, tous les matins, avec d’autres hommes au bord de la route, un emploi comme travailleur journalier. C’est son devoir de subvenir à aux besoins de la famille, d’acheter la nourriture, les chaussures si précieuses. Lorsque le travail manque, souvent pendant les mois d’hiver, il se sent coupable, humilié dans son rôle de chef de famille. Moment fragile dans une vie déjà précaire où la violence peut surgir.

Ce père est capable de tendresse. Quand il rentre à la maison du travail. Il a du temps pour ses enfants, « ils l’attendent » me diront les femmes car le père joue avec eux, prend ses enfants sur ses genoux, les grands s’assoient à côté de lui. Il peut être tendre affectueux, leur parle, racontent des blagues ;ils rient ensemble. « Lui, sait jouer avec les enfants, je suis ignorante, je n’ai rien appris et je n’ai pas le temps… » me diront souvent des femmes.

Posté le 25 mars 2013 dans Afghanistan, Live

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