Briser le cycle de la faim au Cambodge

Au cours des dix dernières années, le Cambodge a accompli d’énormes progrès dans la lutte contre la pauvreté. Selon la Banque mondiale, environ deux Cambodgiens sur 10 vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté, contre cinq sur 10 en 2004. Le Cambodge reste toutefois l’un des pays les plus pauvres et les moins développés d’Asie – or pauvreté et faim vont de pair.

Plus de 60 pour cent de la population cambodgienne dépend de l’agriculture de subsistance pour survivre. Dans les communautés rurales, la faim est chronique : le riz est l’aliment de base et constitue la culture principale. De nombreuses familles sont extrêmement vulnérables durant la « période de soudure » – période entre l’épuisement des réserves de riz et la récolte suivante, et durant laquelle les prix des denrées alimentaires ont tendance à augmenter.

Action contre la Faim est présente dans la province de Preah Vihear où elle s’emploie à briser le cycle de la faim en mettant en place des filets de sécurité pour les familles les plus pauvres et en améliorant leur accès à la nourriture et leurs revenus. Nos équipes ont passé plusieurs mois dans des villages, se mettant à l’écoute des communautés et réalisant des évaluations afin d’identifier les défis et les solutions pour venir à bout de la faim chronique.

L’une de ces solutions est très simple : créer des banques de riz communautaires afin d’instaurer des filets de sécurité et de gérer le risque de catastrophe et de faim auquel sont exposées les familles les plus pauvres. Lorsque les familles n’ont plus de réserves de riz durant la période de soudure, elles l’achètent sur les marchés locaux. Les familles pauvres doivent emprunter du riz, ou emprunter de l’argent aux prêteurs locaux. Les taux d’intérêt peuvent être extrêmement élevés, piégeant les familles dans un cycle de pauvreté, d’endettement et de faim tandis qu’elles se débattent pour rembourser leurs emprunts.

C’est ici que la banque de riz intervient. Action contre la Faim a aidé des riziculteurs et des familles à former une association. Chaque membre apporte sa contribution de riz à la banque, laquelle est gérée par des représentants élus de la communauté. La banque de riz permet ainsi aux familles extrêmement pauvres d’emprunter du riz en temps de crise à de faibles taux d’intérêt qu’elles pourront rembourser sans se mettre en danger. La banque de riz les protège de la faim et des dettes accablantes.

Le Directeur d’Action contre la Faim au Cambodge, Jean Luc Lambert, explique : « Il s’agit d’une approche communautaire qui permet aux personnes vulnérables d’avoir accès au riz durant la période de soudure. C’est une solution simple, mais très efficace. Les familles pauvres de la province de Preah Vihear croulent sous le poids d’une dette chronique, juste pour satisfaire leurs besoins alimentaires de base. Elles ne disposent d’aucun filet de sécurité en cas de catastrophe – pas de biens, pas d’argent à investir dans l’amélioration de leurs revenus. Si elles dépensent moins pour l’alimentation, elles pourront investir davantage dans leurs moyens d’existence. Cela se traduit par une plus grande résilience aux crises et à la faim. »

Les photos ci-dessous racontent l’histoire du village de Kompenh, de sa nouvelle banque de riz et de tous ceux qui ont uni leurs forces pour agir.

FSL Cambodge 2016

Dara Vann, animatrice mobilisation communautaire pour Action contre la Faim anime la première réunion d’information dans le village de Kompenh afin d’expliquer aux familles le fonctionnement des banques de riz.

FSL Cambodge 2016

Durant ces réunions communautaires, les villageois découvrent les avantages des banques de riz et s’engagent à y participer. Les membres décident de l’emplacement de la banque de riz et élisent un comité chargé d’administrer la banque. En tant qu’animatrice mobilisation communautaire, le rôle de Dara est d’informer les communautés, d’expliquer le fonctionnement des banques de riz et leurs avantages, de répondre aux questions et de convaincre le plus grand nombre possible de personnes d’en devenir membres. « Il n’est pas facile de convaincre les villageois de rejoindre la banque de riz communautaire. Certains veulent s’engager, mais n’ont pas le temps. Je passe beaucoup de temps à expliquer les avantages, jusqu’à ce qu’ils comprennent et acceptent d’en être membres » dit-elle.

FSL Cambodge 2016

Chen Korn (au milieu) est assise avec son fils de 15 mois, Khorn Sokunna, et ses voisins, et tous écoutent l’animatrice leur expliquer comment créer une banque de riz dans leur village de Kompenh. Elle a été élue trésorière du comité de la banque de riz. Le comité de la banque de riz est chargé de gérer la banque, notamment de surveiller et fixer les prix et les taux d’intérêt pour le riz et les semences, afin de s’assurer que les familles les plus pauvres peuvent se permettre d’emprunter et d’acheter ce dont elles ont besoin auprès de la banque, sans se mettre en danger.

FSL Cambodge 2016

Enfant, Chen voulait être infirmière ou médecin, mais sa famille n’avait pas les moyens de lui payer des études au-delà de l’école primaire. Elle a appris à lire et à écrire, et elle est fière de pouvoir utiliser ces compétences dans le cadre de ses fonctions de trésorière du comité de la banque de riz. « J’ai pu finir l’école primaire, et je sais écrire. C’est pour cette raison que j’ai été élue à la banque de riz. Je rencontre des gens et je les aide à emprunter du riz, et cela me donne un sentiment de satisfaction. »

FSL Cambodge 2016

Le personnel d’Action contre la Faim prépare la première distribution de la banque de riz communautaire dans le village de Kompenh. Les banques de riz ont été créées en partenariat avec le Programme alimentaire mondial, et grâce aux fonds de nos généreux partenaires à Google, dans le cadre d’un projet intitulé « Food for Asset ». Les membres de la communauté ont apporté une contribution en riz à la banque, ont participé à sa construction et la gèrent en toute autonomie, l’objectif étant de renforcer leur résilience à la faim aujourd’hui et dans les années à venir.

FSL Cambodge 2016

Dara anime une autre réunion de sensibilisation dans le village de Sraem Tgong. Dara travaille avec les membres de la communauté dans plusieurs villages de la province de Preah Vihear, sur laquelle Action contre la Faim concentre actuellement ses efforts. Il arrive parfois que Dara passe la nuit dans les villages – l’occasion d’apprendre à mieux connaître les villageois : « J’apprécie de dormir au village. Les villageois ici m’hébergent avec plaisir et je m’y sens comme chez moi. Séjourner chez eux me permet de mieux comprendre la situation des familles et des communautés. »

FSL Cambodge 2016

Chen espère que la banque de riz aidera sa famille et sa communauté à améliorer la vie de leurs enfants : « J’aimerais avoir assez d’argent pour envoyer mes enfants à l’école. S’ils sont instruits, ils peuvent trouver du travail et gagner de l’argent. Je veux que mon plus jeune fils devienne policier – c’est un bon métier. »

 

Photographies © Guy Calaf pour Action contre la Faim.

Posté le 5 septembre 2017 dans Cambodge

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