Comment lutter contre Ebola dans les quartiers vulnérables de Monrovia ?

A Monrovia, capitale du Libéria, le regard d’Eric de Monval, directeur régional des opérations.

Soniwein est un quartier populaire de Monrovia, la capitale libérienne ; son centre de santé est l’un de ceux qui n’ont pas, à ce jour, subi la terrible contamination par le virus. Les histoires venues d’autres centres sont terribles : « dans cette structure », me raconte le personnel d’ACF en me montrant un bâtiment abandonné, « un jour, un homme malade est venu ; il était fébrile et incontrôlable, deux gardiens du centre l’ont maintenu au calme, pendant qu’un infirmier le prenait en charge ; cet homme est mort d’Ebola ; les deux gardiens ont été infectés, sont morts, et ont sûrement infecté leurs familles, dont on est maintenant sans nouvelle ; l’infirmier a aussi contracté la maladie, à son tour il a contaminé plusieurs patients ; depuis, la structure a fermé ». Et ainsi de suite, d’un patient vers un personnel soignant puis vers d’autres patients, le virus continue son parcours mortel.

Pour l’arrêter, il faut identifier les personnes affectées et les prendre en charge dans des structures isolées. Enrayer l’épidémie es tout à fait possible.

Avant l’épidémie, les équipes d’ACF travaillaient déjà auprès de communautés sur des projets de réhabilitation de points d’eau, d’assainissement, de sécurité alimentaire etc. Cette relation de confiance leur permet aujourd’hui de passer plus efficacement les messages essentiels sur les bonnes pratiques à adopter pour se protéger du virus: éviter les contacts physiques, se laver régulièrement les mains, ne pas toucher les dépouilles mortuaires – une pratique courante dans la région.

Dans les centres de santé, l’enjeu est colossal, tout comme pour l’ensemble du système de santé national. Il était déjà très fragile avant l’épidémie. Pourtant il ne peut pas s’arrêter, ne doit pas s’arrêter. Les femmes continuent à accoucher, les enfants à souffrir de malnutrition, les malades à avoir besoin de soins. Mais il est essentiel que les structures fonctionnent dans des conditions qui évitent toute contagion au cas où une personne contaminée se présente. Cela passe par la mise en place de protocoles extrêmement stricts , mais simples, et requiert la disponibilité d’un matériel basique : des thermomètres pour détecter et isoler les personnes présentant de la fièvre – le symptôme majeur du virus –, des gants lorsqu’on touche les patients, du chlore pour désinfecter les outils de mesure des enfants, des masques et des tabliers pour se protéger des fluides corporels, etc. Or tout cela fait encore cruellement défaut au Libéria. Moingana Karama, la sage-femme de Soniwein, me dit avec beaucoup d’émotion et de force  qu’elle continue à pratiquer les accouchements, car c’est son devoir, mais ajoute : « je vis dans la peur, nous risquons nos vies en pratiquant notre travail ». Un peu plus loin, à Slipway – la structure publique la plus proche du très vulnérable quartier de Westpoint, Chippwa Sangar partage le même engagement : «je continue ; mais au risque de ma propre vie ». Sa patiente, Santo McGill, a besoin de ce centre de santé : « Quand le centre a fermé quelques jours, je ne savais plus où aller ».

C’est pourquoi ACF mettra toute son énergie à assurer la continuité des soins basiques, en supportant la mise en place et l’application des « protocoles de contrôle et prévention des infections » dans les structures de santé où elle travaille.

 

Posté le 3 octobre 2014 dans Libéria, Live

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