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« Je prie seulement pour qu’il pleuve »

Témoignage de Siyu Apvar, en Ethiopie

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En Ethiopie : 

Le pays est particulièrement vulnérable aux chocs climatiques. 70 à 80% de la population dépend de l'agriculture pluviale pour sa subsistance et de mauvaises pluies peuvent donc avoir un impact immédiat et dramatique sur le pays. En février 2016, le gouvernement éthiopien a annoncé que 10 millions de personnes, 10% de la population, avaient besoin d’une aide alimentaire d’urgence. En effet, les récoltes de la principale saison agricole de 2015 ont été gravement affectées par la sécheresse.

On estime que les besoins humanitaires ont plus que triplé en une année. L’évaluation des premières récoltes de l’année (Belg) permettra au gouvernement Ethiopien, aux agences des Nations Unies et aux ONG d’adapter leur réponse. Mais l’aide alimentaire d’urgence sera de toute façon nécessaire jusqu’aux secondes récoltes (Meher), fin 2016.
L’Ethiopie, est un exemple intéressant car si s’il a été frappé de plein fouet par El Niño, le pays ne l’a pas subi comme ce fut le cas lors des grandes sècheresses du passé notamment en 1984/1985. Un système de protection sociale ou « filet de sécurité » et des mécanismes d'alerte précoce, ont permis de limiter l’impact de la sécheresse. Les taux de malnutrition restent malgré tout bien inquiétants, on estime à 200 000 le nombre d’enfants supplémentaires souffrant de malnutrition aiguë sévère par rapport à l’année passée. Tandis que 2,5 millions d'enfants et des femmes enceintes et allaitantes nécessitent une prise en charge de la malnutrition aiguë modérée. Si le pays a reçu de l’assistance internationale et des financements, il manque pourtant encore près d’un demi-milliard de Dollars pour financer l’aide alimentaire jusqu’aux récoltes de l’automne.

Les équipes d’Action contre la Faim répondent aux besoins crées par la sécheresse dans la zone de Wag Himra en région Amhara mais aussi dans les zones Est et Ouest de Hararghe et dans la zone Arsi de la région Oromia.

Témoignage

Siyu Apvar, 52 ans, vit dans la région Amhara, au nord de l’Ethiopie. 

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A 52 ans, Siyu Apvar est père de 6 enfants. « L’ainé a 32 ans et le plus jeune a un an et demi. Ici, la vie des gens dépend de la pluie. Nous sommes tous des agriculteurs. Nous obtenons de la nourriture en cultivant la terre. L’année dernière, il n'a presque pas plu : nous manquons donc de nourriture pour nos familles, de fourrage et d’eau pour le bétail. En tant que père, je dois avoir plusieurs emplois pour subvenir aux besoins de ma famille. J’ai aussi des prêts à rembourser. J’avais deux bœufs, une vache et trois chèvres. Mais j’ai dû vendre un de mes bœufs pour acheter de la nourriture au marché ».

En 2015, Siyu a fait partie d'un programme « Argent contre travail » mis en place par Action contre la Faim. Il avait ainsi pu acheter de la nourriture mais aussi des semences de blé, de teff et d’orge qui ont malheureusement été perdues par manque de pluie.

« Aujourd'hui nous avons faim et notre vie est vraiment difficile ». Lorsque la pluie est suffisante, l'herbe est de bonne qualité et Siyu peut nourrir ses chèvres et en vendre quelques-unes à bon prix au marché. Il peut ainsi acheter de la nourriture pour sa famille en attendant la récolte suivante.  

« Pendant la famine de 1984, nous avons beaucoup souffert. Tous les habitants de ce village ont dû émigrer à plus de 100 km pour trouver de l'aide. J’ai vu des personnes mourir en chemin et des animaux sauvages venir se nourrir de leurs corps. »

Aujourd'hui la situation est bien différente de celle de 1984. La population de la région est mieux préparée et reçoit davantage d'aide du gouvernement et des ONGs. « Cela fait une grande différence » confie Siyu, plein d'espoir. Dans sa maison, un mur est recouvert de documents d’information, d’éducation et de sensibilisation à la nutrition, à l’hygiène ainsi qu’aux bonnes et mauvaises pratiques de soins. Il y a aussi des photos de ses enfants.

« J’aime regarder ces photos, elles me rappellent ma famille. Ma fille a reçu ces documents de sensibilisation à l’école et elle nous les a amenés. Je les ai accrochés au mur pour que nous puissions les lire et suivre les conseils. Avec un soutien financier et des ressources, je sais que nous pourrons vivre dans de meilleures conditions. »