« Etre sage-femme au Tchad c’est venir en aide à des femmes qui ressentent une profonde tristesse »

Photographies : ACF – Christina Lionnet – Tchad

C’est comme cela que Mariama, humanitaire nigérienne, résume sa mission pour Action contre la Faim au Tchad. Chargée des activités Santé de la reproduction, elle est partie au Tchad pendant 3 mois pour appuyer les médecins, infirmiers et sages-femmes dans leur activité aux côtés des femmes enceintes.

Au Tchad, Mariama commence sa mission dans un contexte nutritionnel et sanitaire difficile. Les pluies sont rares, les récoltes mauvaises. A chaque période de soudure, entre deux récoltes, la sous-nutrition augmente. Les habitants n’ont pas toujours accès aux soins et ne peuvent pas se soigner correctement.

Dans la région du Nord Kanem, où Mariama a accompli sa mission de sage-femme, il n’y avait pas de consultations pour les femmes enceintes, ni pour les enfants, dû au manque de personnel. Action contre la Faim vient donc en appui du système sanitaire du pays, en comblant les manques de personnel. « J’ai apporté mes compétences techniques en tant que sage-femme. J’ai également aidé à élaborer la stratégie des équipes de santé locales et formé le personnel des centres de santé aux techniques de sage-femme pour mieux prévenir la malnutrition », raconte Mariama.

En plus des failles dans le système de santé, les populations adoptent souvent des pratiques néfastes pour s’occuper des femmes enceintes et des bébés, ce qui aggravent les problèmes de santé.

« Là-bas, les femmes sont seules. Elles ont besoin d‘aide humanitaire mais également de conseils, d’informations »

Les équipes d’Action contre la Faim tournent dans les villages pour rencontrer ces femmes et leur donner des informations sur les soins à procurer à leurs enfants et les comportements à adopter quand elles sont enceintes.

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Mariama est marquée par l’importance de la religion dans la vie des populations tchadiennes : « la tradition et la religion passent avant tout. Les mariages sont précoces et les jeunes femmes sont enceintes très tôt. Elles doivent rester à la maison pour s’occuper des enfants, pendant que leurs maris sont en exode pour chercher du travail ». Les femmes enceintes doivent recevoir des soins particuliers pendant leur grossesse mais ne se rendent pas toujours aux consultations proposées. Mariama se souvient : « certaines femmes refusaient les consultations, surtout avec des hommes médecins. Un jour, une femme avec un grave problème de santé est venue au centre mais a refusé qu’on l’ausculte. Deux jours plus tard, l’équipe d’Action contre la Faim est arrivée et elle a accepté. Elle nous attendait. ». Les croyances sont donc très fortes et les femmes enceintes peuvent courir un danger en refusant les consultations.

« C’est primordial pour les femmes enceintes de recevoir des soins adaptés, pour leur santé et celle de leurs enfants, qui pourront peut-être, eux, changer la situation de leur pays ».

De retour de mission, Mariama était prête à repartir. Auprès d’Action contre la Faim, après plusieurs missions humanitaires avec d’autres ONG, elle a suivi ses études de sage-femme au Niger, son pays d’origine. Sa dernière mission au Tchad était la troisième dans ce pays. Elle raconte son engagement : « Pour moi, l’humanitaire est une vocation. Quand on est envoyé en mission humanitaire, on fait le sacrifice de tout laisser et de quitter sa famille, pour rejoindre des pays avec des contextes sécuritaires souvent difficiles. Malgré tout, quand j’ai fini mes études, je voulais apporter ma contribution et aider les populations vulnérables, pauvres ou touchées par les conflits ».

Posté le 7 juillet 2016 dans Afrique, Live, Tchad

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