Haïti. Après le cyclone Matthew, retour de l’eau potable au village de Grande Savane

Un mois après Matthew, la localité côtière de Grande Savane, en Artibonite, souffre encore des dégâts occasionnés par les pluies violentes qui ont suivi le cyclone.

Bande de terre rocailleuse coincée entre un étang utilisé pour abreuver le bétail et la mer, la commune a subi une double peine : ses quatre puits ont été contaminés par l’eau de mer rendant l’eau impropre à la consommation alors que le niveau d’eau douce est monté précipitamment. Les vagues venues de la mer et l’étang ont ravagé une cinquantaine de maisons, une dizaine d’habitations construites en terre ont été emportées.

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« Il y a eu des rumeurs de tsunami, alors les gens ont eu peur et se sont réfugiés dans l’école » raconte Edmond Octelus, le CASEC, l’autorité du village « nous subissons des choses à chaque catastrophe. Beaucoup de personnes ont perdu du bétail mais ici c’est surtout de la mer que viennent nos revenus, et les nasses ont été détruites». Les nasses de pêche construites en bambou sont importées d’une autre localité et durent environ 4 mois. Sans nasse, ni poissons, ni revenus, impossible d’en acheter une nouvelle.

« Chaque année ça empire » souligne Edmond « juste après les pluies nous n’avions plus d’eau pour boire. Tous nos puits ont été contaminés par l’eau salée »

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Après une évaluation des besoins, une identification des personnes impactées et vulnérables, les équipes ont mis en place un « bladder » une citerne souple qui a permis de délivrer 10 000 litres sur une semaine.

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Quelques jours après le cyclone les équipes en eau, assainissement et hygiène d’Action contre la Faim ont distribué de l’eau potable aux 422 foyers.

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Chaque foyer a reçu 2 jerricanes souples de 10 litres. Avant la distribution, les personnes ont été invitées à se laver les mains. Le lavage de mains au savon permet de réduire de 45% le risque d’attraper la diarrhée.

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Parallèlement, les équipes ont commencé la réhabilitation des puits. Aujourd’hui deux sur quatre fonctionnent et distribuent de l’eau potable. Il a fallu surpomper les puits c’est-à-dire les vider entièrement de leur eau souillée. Ils sont ensuite désinfectés au chlore pour éradiquer toute potentielle maladie. Au retour de l’eau de la nappe, des tests de conductivité sont menés pour mesurer le taux de sel et la potabilité de l’eau.

« On fait la partie technique » explique Wenchel, technicien eau, assainissement et hygiène depuis 8 ans pour Action contre la Faim, « une fois que tout sera fixé, la communauté prendra le relais pour s’occuper de la gestion et de la maintenance des puits. On montre juste la route. »

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« Ici les gens sont fatigués » explique Maria Bonita Amorim Da Silva, chargée de projet urgence en eau, assainissement et hygiène « même en temps normal l’accès à l’eau potable est compliqué. Au sud de Grande Savane, certaines personnes font du stop sur les camions qui transportent des pierres de carrière pour aller à la source potable la plus proche. Elles partent avec un jerricane à remplir mais le retour prend 1h30 à pied. Si elles ne trouvent pas de véhicule pour le retour, elles vident le jerricane et repartent sans rien. »

Quand elle demande à Edmond Octelus comment il voit l’avenir, le chef du village lui dit qu’il n’y a plus rien pour eux et que peut-être il faudra songer à quitter la côte pour s’installer sur les mornes, les collines environnantes. Autour de lui les pécheurs soupirent « la mer c’est notre mère, c’est notre épouse, c’est notre fille ».

Photographies : Léa Vollet et Maria Bonita Amorim Da Silva

Posté le 4 novembre 2016 dans Haïti

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