Haïti – Lutter contre le choléra : entre sensibilisation et décontamination

Une séance de décontamination avec les équipes de lutte contre le choléra d’Action contre la Faim.

elyseePetit matin à Ennery, localité située à une vingtaine de minutes des Gonaïves en Artibonite. Aujourd’hui, la fête patronale du village bat son plein et les gens affluent des communes voisines pour célébrer sa création. Elysée attend à la sortie de l’église que la messe se termine, adossé à un point de lavage des mains mobile installé par Action contre la Faim. Ce technicien fait partie des équipes choléra de l’organisation. A chaque grand rassemblement, lors des jours de marchés ou des fêtes, quand les contacts entre les personnes se multiplient, elles mènent des actions de sensibilisation pour rappeler que le choléra est toujours une menace. Les passants sont invités à se laver les mains pour éviter les risques de contamination.

Apparu en Haïti suite au tremblement de terre de 2010, le cholera est une maladie diarrhéique provoquée par l’ingestion d’aliments ou d’eau contaminés par une bactérie.

« On peut décéder en quelques heures du choléra alors que si le patient est pris en charge dès le début le traitement est simple : il suffit de réhydrater la personne atteinte. » explique Maria Bonita, chargée de projet urgence en eau, assainissement et hygiène et chargée de capitalisation sur le choléra, « le problème est le contexte d’Haïti. »

Le choléra ressurgit particulièrement suite aux catastrophes naturelles où l’accès à une eau propre et potable ainsi qu’à un assainissement fonctionnel est compromis. En Artibonite, le cyclone Matthew et les pluies qui ont suivi ont formé des nappes d’eaux stagnantes et ont contaminé les puits. Dans les zones rurales où les latrines sont mal isolées et où la défécation à l’air libre est monnaie courante, les pluies ont charrié les matières fécales contenant le choléra.

Pour combattre cette maladie dès son apparition en Haïti, Action contre la Faim a mis en place des équipes spécifiques qui travaillent avec les autorités et les communautés locales notamment sur des activités de sensibilisation et de promotion à l’hygiène.

Wenchel travaille depuis 8 ans pour Action contre la faim, ce technicien reconnait que « c’est beaucoup de communication. La façon d’appréhender les gens compte, il faut de la diplomatie.» Elysée renchérit « il y a des différences entre la campagne et la ville. A la campagne on est bien accueilli, les messages passent. C’est plus dur à la ville où les gens ont honte quand ils ont le choléra. Quand un patient est atteint, il faut décontaminer sa maison et certains donnent de fausses adresses ce qui n’aide pas à réduire la propagation. »

Le téléphone d’Elysée sonne, un cas de choléra a été détecté dans les environs. L’équipe disséminée aux trois points de lavage installés autour de l’église est rappelée au véhicule direction le centre de traitement du choléra local. Si Action contre la Faim ne prend pas directement en charge les malades – ce service est assuré par les services de santé haïtiens – l’organisation intervient sur des activités de décontamination en installant des cordons sanitaires. Au centre, l’adresse du patient est communiquée à l’équipe : la personne réside dans un petit village difficile d’accès à une demi-heure de route.

Le matin même les techniciens choléra se sont équipés de sprayeurs et de solution chlorée ainsi que de kits spécifiques contenant du savon, des tablettes de désinfection de l’eau et des sérums de réhydratation orale pour traiter et éradiquer les risques de maladies dans l’environnement des personnes contaminées.

Arrivés au village, Elysée et Guy commencent l’établissement du cordon sanitaire qui comporte plusieurs étapes :

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→ L’investigation : les équipes cherchent à connaître l’emploi du temps des derniers jours du patient : comment s’est produite la contamination, où le patient s’est rendu avant et après son infection.

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→ L’investigation : en discutant avec les personnes de la maisonnée, les voisins, la communauté proche, les techniciens peuvent identifier les cas contact : les personnes qui ont été assez proches pour être potentiellement contaminées par le choléra.

→ La décontamination : l’intérieur, l’extérieur et les alentours de la maison sont désinfectés au chlore.

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→ La sensibilisation : les personnes proches du ménage infecté sont réunies pour une séance d’information et sensibilisation sur le choléra. Rappel des règles d’hygiène basique comme le lavage des mains, explications sur la propagation de la maladie,  identification des symptômes.

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→ Distribution d’un kit choléra : 5 savons, 150 pastilles d’aquatabs qui permettent de désinfecter l’eau, 5 sérums de réhydratation orale à administrer aux personnes qui présenteraient les symptômes, un seau à robinet et un flyer explicatif sur le choléra. Les équipes indiquent également dans quels commerces acheter des solutions chlorées pour traiter l’eau.

« C’est difficile d’atteindre tout le monde. Le choléra se développe dans le corps humain, il voyage dans le ventre des gens » souligne Elysée.

Au-delà de la réponse immédiate au choléra fournie par la mise en place du cordon sanitaire – qui permet de réduire les risques de propagation de la maladie – Action contre la Faim a développé un système de réponse à base communautaire. L’organisation équipe et forme des réseaux communautaires depuis plusieurs années qui sont capables de répondre aux cas de choléra.

« Il faut parfois plus de 3h de marche pour atteindre certains villages. En formant les communautés  – qui sont les acteurs les plus proches et les plus rapides à réagir – et en leur fournissant le matériel, on réduit les flambées de choléra significativement. »

Photographies : Léa Vollet / ACF

Posté le 7 novembre 2016 dans Caraïbes, Haïti, Live, Récit, Vie de la mission

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