Jean Harambat raconte en BD la naissance d’ACF #ACF35ANS

Rester quand les caméras s’en vont

La naissance d’AICF est précédée par une longue histoire de l’humanitaire qui commence avec la fondation de la Croix-Rouge par Henri Dunant sur les champs de bataille de Solférino en juin 1859. AICF naît à un moment où une nouvelle voie d’action de solidarité internationale a été ouverte par des ONG fondées une dizaine d’années plus tôt. En 1968, les conséquences du conflit biafrais sur les populations civiles sont largement médiatisées et provoquent l’émergence d’une nouvelle génération d’ONG. 

Le groupe crée une organisation se consacrant exclusivement au problème de la faim dans le sens le plus large. Cette position est originale : jusqu’ici, la lutte contre la faim n’était pas un combat en soi, mais était intégrée dans des combats plus généraux : lutte contre la pauvreté, lutte pour la santé… L’association dépose ses statuts le 15 novembre 1979. Elle présente une charte dont le prologue est éloquent :

« Les foules décimées par la faim sont la plupart du temps des corps abstraits, de simples nombres qui ne disent rien à personne et ne franchissent jamais le seuil de notre perception et de notre conscience historique. »

[rev_slider dessins_jean-harambat_01]

Les principes fondateurs, l’urgence et au-delà

L’association existe, elle se manifeste publiquement par la tenue d’une conférence de presse le 26 novembre 1979 au Lutécia. Présidée par un prix Nobel Alfred Kastler, elle compte aussi Françoise Giroud* qui jouera un rôle fondamental dans la vie d’AICF, Bernard- Henri Lévy, Marek Halter, Guy Sorman, Robert Sebbag, entre autres…

AICF se donne pour but de sauver les populations les plus vulnérables : femmes, enfants, personnes âgées, malades isolés ou victimes de la discrimination. Ils sont les premiers à subir les conséquences des crises politiques, économiques et structurelles, des catastrophes naturelles ou des conflits. C’est cette philosophie qui conduit l’organisation à intervenir particulièrement dans les zones géographiques isolées. Par principe, la vocation de l’association s’inscrit au-delà de l’urgence, ce que traduit le mot de Françoise Giroud : « Rester quand les caméras s’en vont. ». Quand la crise ne fait plus la Une, quand les populations déplacées rentrent sur leur territoire, AICF intervient pour les accompagner dans leur ré-enracinement.

Les fondateurs se réunissent souvent dans le grand salon de Françoise Giroud, boulevard de La Tour-Maubourg, à Paris. Ce dimanche soir de l’hiver 79, les fondateurs de l’association discutent encore de ses objectifs et de sa stratégie, lorsqu’ils reçoivent un journaliste : François Missen a entendu les bruits de bottes à la frontière afghane et sait qu’une invasion soviétique est imminente, il cherche à alerter l’opinion publique. Il vient leur présenter un ami, un médecin réfugié afghan, Habib Zikria qui plaide sa cause :

« on a besoin de tout, implore-t-il, on n’a pas de couvertures, pas de nourriture. Dehors il fait très froid. Il faut de l’argent pour acheter des tentes »

[rev_slider dessins_jean-harambat_02]

C’est dans ces montagnes, au cours d’une guerre qui bouleverse l’opinion, que la jeune association va faire ses premières armes. Pendant la guerre froide, une révolte de chefs tribaux contre des réformes à la mode soviétique, imposées par la force à un peuple qui vit dans le féodalisme et obéit au code coranique, précipite l’invasion du pays par l’armée rouge. L’invasion est rapide et brutale : le général qui la conduit est celui qui avait commandé l’opération soviétique en Tchécoslovaquie, en 1968. Elle provoque un afflux considérable de réfugiés, poussés par la terreur vers le Pakistan.

Jean-Christophe Victor, un ancien attaché culturel de France à Kaboul connaît bien l’Afghanistan. Il parle de la situation aux membres fondateurs d’AICF qui décident d’expérimenter leur projet et de frapper un grand coup pour aider les réfugiés Afghans au Pakistan, profitant de l’intérêt de l’opinion publique pour la solliciter et lever des fonds.

Françoise Giroud intervient dans la revue de presse sur Europe 1, présentée par son ami Yvan Levaï, relayée par le Monde et le journal de FR3. Elle demande des tentes pour les Afghans et en précise le prix : 120 Francs si elles sont achetées au Pakistan. La grande voix porte : le lendemain, la poste livre des sacs entiers de chèques rue d’Uzès, au siège de l’association hébergée par Guy Sorman. Près de 500 000 Francs sont ainsi récoltés. Denis Metzger va s’occuper de la logistique pour diriger l’installation des tentes dans la région de Peshawar et organiser des convois alimentaires dans les zones frontalières afghanes.

[rev_slider dessins_jean-harambat_03]

La mission peut démarrer, avec Patrick Arfi et Jean-Christophe Victor. Ils sont sur place moins de quinze jours après le lancement de l’appel. L’argent doit être entièrement consacré à son objectif, et l’achat des tentes est négocié avec le fournisseur le mieux-disant par le canal de l’ARHU (Afghan Refugees Humanitarian Unity). 1500 tentes sont achetées au meilleur prix à Lahore, et sont acheminées à Peshawar, où elles sont distribuées en fonction des besoins des familles.

Chaque tente est numérotée, le numéro est apposé sur les cartes des réfugiés qui vont l’occuper, et sur le registre de comptabilité de l’ARHU, en présence de l’Administrateur pakistanais en charge du camp. Une voiture utilitaire est achetée sur place pour éviter les coûteuses locations de camions et les attentes de taxis. Elle permet le transport de l’équipe afghane s’occupant de la distribution de tentes et le transport des tentes elles-mêmes. Elle sera laissée à l’ARHU à la fin de la mission, qui aura duré un mois.

Présente dans le pays depuis ses débuts, l’association y est pour longtemps.

 

Jean Harambat

Je suis né en 1976 dans les Landes où je vis actuellement. Après des études de philosophie et de commerce, puis diverses activités à l’étranger – notamment comme logisticien pour Action Contre la Faim au Libéria-, je me consacre à l’écriture et au dessin depuis 2004. Tour à tour reporter ou dessinateur, je collabore avec Le Monde 2, Géo, le quotidien Sud Ouest. En septembre 2008, j’ai publié chez Futuropolis ma première BD : Les Invisibles.

 

* Françoise Giroud : journaliste, écrivain, femme politique et co-fondatrice d’Action International contre la Faim.

 

Posté le 17 novembre 2014 dans Afghanistan, Albums Photos, Live, Multimédias

Partager

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

8 + 17 =

Back to Top