Des jeunes filles à l’avenir tout tracé

A Kaboul, le regard de Giovanna Winckler-Roncoroni, psychologue à Action contre la Faim.

Dans le milieu rural et parmi les communautés nomades, la femme a peu accès à l’éducation primaire. Elle se marie jeune, quitte sa famille pour entrer dans celle de son mari ayant pour rôle principal de s’occuper de la maison et d’assurer une descendance. Depuis son plus jeune âge, sa famille la prépare à ce rôle.

J’ai souvent observé des filles de 6, 7 ou 8 ans ; elles s’occupent avec beaucoup d’attention, de tendresse et de savoir faire de leurs cadets. Leurs gestes sont déjà marqués par l’expérience. Les tâches domestiques rythment leur journée où l’école a peu de place et où le jeu est rare. Dans la famille tout le monde travaille. Les tâches ménagères n’ont plus de secret pour elles : nettoyer, aller chercher l’eau, cuire le pain, préparer le thé…

Mais elles sont prêtes à faire de cette responsabilité un jeu, le regard parfois rieur, parfois dur et triste, déjà adulte. Elles accomplissent leur devoir comme une évidence. Elles sauront faire face le jour où elles iront vivre chez leur mari. Comment savoir qu’il y a une vie différente quand on n’a pas accès à l’éducation, quand tous les enfants autour d’elles ont le même destin ? Quand on est né dans le camp, en sortir est un luxe.

Au moment du mariage la séparation d’avec leur famille est douloureuse, un saut vers l’inconnu. Étonnamment j’ai découvert, au cours de ma recherche, que cette séparation est la plus grande source de tristesse parmi les femmes qui vivent dans les camps. Plus que la pauvreté, la migration, la violence… Leur mère connaissait cette tristesse, savait dès la naissance de leur fille qu’elle en souffrirait à son tour. C’est pour cela qu’elles aiment les allaiter plus longtemps que les garçons, « pour les garder plus près de nous car un jour elles devront quitter la maison… » m’ont-elles dit.

C’est pour cela aussi que des mères peuvent les traiter avec dureté car elles se préparent à la séparation. Des femmes de tout âge m’ont dit avoir passé des mois à pleurer, dans la maison de leur nouveau mari, l’absence de leur mère, père, frères et sœurs, seules dans cette maison étrangère à prendre la charge les tâches domestiques, sans un mot doux. « Nous étions traitées comme des esclaves ! » s’exclament-elles, femmes de tout âge, parlant toutes à la fois, un cri, dans l’intimité de la tente.

 

Photos : ©ACF, Sandra Calligaro – Afghanistan

Posté le 5 avril 2013 dans Afghanistan, Live

Partager

Back to Top