Dans le Kasaï, les conflits à l’origine d’une crise humanitaire inédite

Notre dossier
RDC – Le Kasaï sous haute tension (1/5)

La République démocratique du Congo, un pays au bord de l’implosion

Pays-continent, la République démocratique du Congo est en proie à la fois à une crise économique majeure, à une forte instabilité politique et à des violences nouvelles dans plusieurs provinces du pays. En l’espace d’une année, le nombre de personnes en situation de crise alimentaire aigüe a augmenté de 30% (7,7 millions en juin 2017) et le pays compte aujourd’hui la plus forte population de personnes déplacées (3,8 millions) de tout le continent africain.

Ces déplacements massifs et cette insécurité alimentaire extrême sont liés à une crise humanitaire d’une ampleur inédite dans les régions du Kasaï (Kasaï, Central, Oriental) : des conflits se sont déclarés suite à la révolte d’un chef coutumier contre l’autorité de l’Etat central, sur fond de crise politique liée au report des élections qui auraient dû se tenir en décembre 2016.

     

En arrière-plan d’un conflit explosif au Kasaï entre la milice Kamuina Nsapu et les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), les causes profondes de la crise sont intrinsèquement liées à des enjeux nationaux, dans un pays au bord de l’implosion.

 

Au Kasaï et au Kasaï Central, la faim s’aggrave au rythme des conflits

Les régions du Kasaï n’avaient pas été affectées par des conflits depuis les années 1960. Les quelques acteurs humanitaires présents dans la région au cours des dernières années – y compris Action contre la Faim, implantée depuis 2013 dans la zone suite à une crise alimentaire – qualifiait la région de relativement stable.

La situation a dégénéré de façon soudaine, et à une vitesse incroyable. Elle s’est transformée rapidement en un conflit armé qui a déjà causé la mort probable de plusieurs milliers de personnes*. L’escalade du conflit a conduit à des violations massives des droits humains contre les civils, aggravant également des conflits intercommunautaires préexistants. A travers la région, le mode opératoire des milices est tristement célèbre : elles attaquent les villages, brûlant champs et maisons, et recrutant au passage des enfants soldats. Environ 2000 enfants auraient été recrutés par des milices armées.

Forcées de fuir, les populations rejoignent le « bush », la brousse, où elles restent cachées des mois durant de peur des violences des groupes armés. Là, dans la brousse, les conditions d’hygiène sont extrêmement précaires, et l’accès à l’eau et à la nourriture est un parcours du combattant. Les populations y sont privées de soins, et de tous les services de base. En conséquence, les cas de paludisme, fièvre, typhoïde, dysenterie et infections respiratoires prolifèrent.

Selon les équipes d’Action contre la Faim, lorsqu’elles sortent enfin de la brousse, les personnes qui arrivent dans les centres de santé souffrent de malaria, mais également en très grand nombre de sous-nutrition chronique, dont les proportions absolument énormes.

 

Les enfants sont les plus touchés : ils sont actuellement 400 000 à être exposés à la malnutrition dans la région. Dans les 11 zones où Action contre la Faim a mis en place des programmes de nutrition au Kasaï il y a tout juste deux mois, plus de 2000 enfants ont été admis pour le traitement de malnutrition aigüe sévère. Entre juin et juillet, une forte augmentation a déjà été constatée, avec parfois plus de 300 enfants dans un seul centre de santé. Pour le personnel médical, c’est du jamais vu.

Dans certaines zones, les très grandes violences empêchent tout accès humanitaire. Fuyant cette menace, plus de 1,3 millions de personnes se sont déplacées à l’intérieur du pays en juillet 2017, principalement des femmes et des enfants.

Ces personnes sont également profondément traumatisées par les violences auxquelles elles ont été confrontées, tels que des massacres de masse, des charniers, des tueries indiscriminées, et des spectacles d’épouvantes auxquels participent des enfants soldats âgés parfois de 6 ou 7 ans. Les populations civiles en étant de choc ont besoin d’une approche en Santé mentale et pratique de soins (SMPS).

 

Une région déchirée, entre violences contre les civils et désastre agricole

En raison des conflits, un nombre considérable de terres agricoles ont été détruites, beaucoup de stocks de nourritures ont été pillés, et les agriculteurs ont manqué au moins la dernière saison agricole. La plupart des agriculteurs n’ont plus accès à leurs terres, et il est fort probable qu’aucune récolte ne soit faite sur le reste de l’année.

La proportion de ménages dégageant des revenus de l’agriculture est passée de 51% à 9% du fait du manque d’accès aux champs. Les scores d’insécurité alimentaire (2,8 millions de personnes sont en grave insécurité alimentaire) témoignent d’une vulnérabilité extrême. Selon nos équipes sur le terrain, les ménages ne consomment en moyenne qu’un repas par jour sans valeur nutritive.

Par ailleurs, malgré les récoltes réalisées dans d’autres parties du pays, la poursuite des violences dans la zone ne favorisera pas les approvisionnements des marchés importés d’autres territoires ; en conséquence la carence des denrées alimentaires de base sur le marché continuera à se poser avec un accès limité aux moyens d’existence.

Selon Luc Bellon, Directeur d’Action contre la Faim en République démocratique du Congo, « L’impact du conflit dans la région du Kasaï est désastreux. Les personnes risquent la famine puisqu’elles n’ont pas accès à la nourriture, et que mêmes les produits de base tels que le sel et l’huile sont épuisés sur les marchés. »

Au cœur de ce chaos, les équipes d’Action contre la faim tentent de relever un défi majeur : venir en aide aux populations dans un contexte de violences extrêmes.

 

RDC : LE KASAÏ SOUS HAUTE TENSION NOTRE DOSSIER

Posté le 29 août 2017 dans Afrique, Live, République Démocratique du Congo

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