La santé mentale, une priorité pour la population en RCA

En République centrafricaine, Action contre la Faim apporte une assistance en santé mentale aux enfants et adultes qui souffrent de stress post-traumatique. Depuis 5 mois, ce programme financé par l’Union Européenne est déployé dans 13 quartiers et 4 écoles de Bangui, la capitale, et Sibut dans l’est du pays. Il a permis de sensibiliser les populations aux manifestations du trauma, ses symptômes et leur prise en charge, ainsi qu’à 555 personnes d’être suivis pendant 5 semaines.

Ce projet intervient dans un contexte où les besoins de la population centrafricaine en santé mentale sont à la fois énormes, conséquences de plusieurs années de conflits, et très peu couverts. Les infrastructures nationales de prise en charge sont insuffisantes car trop souvent mal équipées en ressources humaines et financières : un seul psychiatre exerce dans pays, à Bangui, ainsi que 2 psychologues. Pourtant, et c’est un constat qu’ont fait les travailleurs psycho-sociaux intervenant depuis septembre 2014 dans la prise en charge des traumas, les individus sont très demandeurs de ce type de soutien dans un pays où les liens sociaux et de fait les mécanismes de soutien traditionnel ont été très fortement abîmés.

Depuis mars 2016, Action contre la Faim a choisi de travailler aux côtés des populations retournées dans les quartiers de Bangui et de Sibut après avoir été déplacées pendant parfois plusieurs années. Jusqu’ici leur retour était freiné par plusieurs obstacles : sécuritaire, matériel, financier, sociaux ou psychologique.

C’est sur l’aspect psychologique, que nos équipes qualifient de « perception d’insécurité » ou encore de « peur du voisin » que nous sommes intervenus pour faciliter les retours volontaires. Quant aux enfants, ils sont pris en charge directement dans le cadre scolaire, au sein de 6 écoles identifiées comme étant prioritaires.

Action against hunger S. Hauenstein Swan

© Action against hunger S. Hauenstein Swan

L’objectif est d’améliorer l’état psychologique des participants de manière très immédiate mais aussi sur le long terme en leur donnant des outils concrets de gestion de leur symptômes pour les atténuer et prévenir leur réapparition lors de nouveaux évènements potentiellement traumatisant. Nombre d’entre eux signalent un mieux-être dès les premières séances, puis après quelques séances il est possible de voir les personnes les plus isolées reprendre une petite activité de commerce ou bien renouer avec leur proche.

Le protocole de prise en charge se base sur des méthodes, des standards et une expertise internationalement reconnus mais jamais, jusqu’alors, proposés à la population centrafricaine. Ces méthodes ont été adaptées par nos psychologues pour prendre en compte la dimension socio-anthropologique des troubles mentaux dans le pays et ainsi correspondre le mieux possible au contexte.

Action against hunger S. Hauenstein Swan

© Action against hunger S. Hauenstein Swan

Nos équipes font état d’un véritable engouement des communautés, à plus forte raison lorsque nous intervenons dans certains quartiers où l’aide humanitaire peine à être acheminée pour des raisons de sécurité très volatiles.

Chaque matin, les mouvements des équipes dans lesdits quartiers doivent être validés, or une bonne prise en charge nécessite une régularité dans les séances.

Les résurgences des violences à Bangui se font régulièrement sentir notamment au niveau du quartier PK5, l’enclave musulmane de Bangui, ce qui crée un climat de tensions tel que les activités peuvent être perturbées pour les habitants et les humanitaires.

Dans un souci de pérennisation du soutien psycho-social aux personnes les plus en détresse psychologique, Action contre la Faim forme les personnels les plus à même d’être en contact régulier avec la population. Les professeurs sont formés sur les premiers secours psychologiques afin de savoir identifier à l’avenir les enfants les plus souffrant de troubles psychologiques et d’offrir une première écoute. De même, les capacités des travailleurs de santé seront renforcées à travers un renforcement des capacités du personnel médical afin de combler les lacunes dans l’accès aux soins mentaux dans les hôpitaux du pays. L’ONG a pu mener ce projet grâce au soutien et au financement de l’Union Européenne, via sa Direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes (ECHO).

Enfants comme adultes, ils sont cependant nombreux à vivre les réviviscences du conflit parfois à un point tel qu’ils doivent bénéficier d’une prise en charge plus poussée, sur le plan psychiatrique : ils sont alors référencés au service psychiatrique à Bangui.

Image à la une : © ACF France/M. Ravaux

Posté le 12 septembre 2016 dans RCA

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