Les femmes Badjao gagnent en indépendance aux Philippines

Les femmes Badjao gagnent en indépendance aux Philippines

Photographie : Julie S. Alipala

Aux Philippines, depuis le conflit ayant opposé en 2013 les forces gouvernementales et les membres du Front de libération nationale Moro à Zamboanga City, des milliers de personnes déplacées vivent dans une situation préoccupante. En réaction, les femmes de la tribu Badjao ont gagné en indépendance.

Les efforts de reconstruction de la population, dont des centaines d’habitations avaient été détruites, ont entraîné une prise de conscience chez les femmes Badjao : la nécessité de maîtriser la lecture, l’écriture et les mathématiques – savoir lire, écrire et compter.

Satra Akmad, une vendeuse de rue de 27 ans, n’avait jamais imaginé qu’elle serait en mesure de gérer sa propre entreprise. « Ne sachant ni lire, ni écrire, ni compter, je mettais mes empreintes digitales pour signer les documents administratifs. Puis, j’ai pu assister à une formation pour nous aider dans nos projets personnels ». Comme toutes les 120 000 personnes déplacées en raison de la guerre, Akmad ne pouvait plus rester tributaire de l’aide.

 

Une chance de changer son quotidien

« Si nous nous étions contentés d’attendre l’aide, nous ne serions pas sortis de la misère. Alors, quand j’ai entendu parler de cette formation, je me suis dit : je peux essayer d’apprendre à écrire. Il n’est pas trop tard pour moi », se souvient Akmad.

Grâce à cette formation de l’Université Ateneo de Zamboanga, Akmad a reçu 8 000 pesos philippins d’Action contre la Faim, dans le cadre d’un programme « Cash for Work ». Six mois plus tard, son magasin est reconverti en échoppe alimentaire.

« Avant, je me contentais de vendre des fruits et légumes sur le marché, quand je réussissais à échapper à la police qui nous chassait » raconte Utusayam sur son expérience avant que la guerre n’explose en septembre 2013. Pour elle, tout a changé en août dernier. « Nous avons été acceptées pour la formation et avons dû gérer une somme importante – 32 000 pesos philippins – afin de consolider notre entreprise de vente de marchandises ».

 

Outils de vie

Mais Utusayam nous raconte également qu’elle a dû apprendre à écrire son nom, quelque chose qu’elle n’avait jamais imaginé faire.

« Chaque fois que nous étions arrêtées (en tant que vendeuses ambulantes) et que l’on nous confisquait nos biens, tout ce que je pouvais faire c’était mettre mon empreinte digitale sur les documents. »

Akmad est aujourd’hui l’une des 1543 personnes hébergées temporairement sur le site transitoire de « El Buggoc », à Barangay Santa Catalina. Utusayam vit avec 4636 évacués sur le site transitoire, « Masepla 2 » dans le village de Mampang.

Dans des entretiens séparés, toutes deux ont admis que le processus d’apprentissage, similaire à celui d’un enfant de moins de 5 ans, n’avait pas été facile. « Certains se moquaient de moi, se moquaient de mon écriture. D’autres disaient que j’étais trop vieille pour apprendre cela, mais je voulais échapper à cet endroit et vivre une vie meilleure » explique Utusayam.

Asikal Asiral, chef du site transitoire de « Buggoc », devait s’assurer que chaque famille reçoive 4000 pesos philippins pour assurer une sécurité alimentaire et 8000 autres pour assurer les moyens de subsistance.

Rosa May de Guzman, directrice de la communication d’Action contre la Faim aux Philippines, a déclaré que les listes des bénéficiaires de l’aide ont été élaborées en fonction de l’aide financière apportée par l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID), le ministère du Commerce, des Affaires et du Développement des Affaires étrangères du Canada, ainsi qu’avec la Commission européenne (ECHO). Elle ajoute qu’un total de 13,2 millions de pesos philippins ont été investis dans des projets de sécurité alimentaire et de moyens de subsistance en soutien aux résidents déplacés.

 

L’aide non gouvernementale

« Action contre la Faim a intensifié son programme, avec plus de 1000 familles de déplacés internes relogées sur différents sites transitoires », commente la directrice de la communication d’ACF Philippines. « Les programmes de transfert d’effectif constituent une partie importante du travail d’Action contre la Faim dans la lutte contre la faim et la malnutrition et c’est un mécanisme de réponse émergente en sécurité alimentaire et des moyens de vie, en nutrition et en santé, en eau, assainissement et dans les secteurs d’hygiène », ajoute Suresh Murugesu, coordinateur technique d’Action contre la Faim.

Utusayam est très reconnaissante de l’aide apportée : « Je pense que je suis devenue une meilleure personne après la guerre. C’est très difficile, mais nous apprenons, et je veux que mes enfants apprennent comme moi ».

Posté le 12 janvier 2016 dans Philippines

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