Les rites funéraires Mahafaly: une ode à la vie !

Aride et hostile, inaccessible et complexe, le Grand Sud et plus précisément ici le plateau Mahafaly est décrit dans l’ensemble du pays comme une région bien mystérieuse…

De nombreuses rumeurs et mythes sont diffusés sur la Grande Île, dépeignant la région comme le théâtre de sacrifices de zébu innombrables et irraisonnés. L’on raconte l’importance symboliques des zébus, on les décrit comme des biens non marchandables et les troupeaux seraient gérés par des paysans contemplatifs.

On raconte des funérailles fastueuses de chefs de troupeaux, mettant en scène des centaines de sacrifices de zébus et des orgies de viande qui, étant donné les moyens de conservation inexistants, doit être consommée dans un temps très limité…. « Cette situation est inacceptable », entend-on, « particulièrement dans la région la plus touchée par l’insécurité alimentaire et la malnutrition aigüe » !

Vision aberrante pour cette région où les régimes alimentaires basés sur le manioc et le maïs sont pauvres et où la viande est un luxe ! On nous raconte enfin que c’est incroyable de voir tant d’argent dépensé dans les funérailles et des vies entières tournées vers la mort…

Pourtant, en dépit de ces dires, une logique de vie forte se lit en filigrane de ce passage vers la mort: la nécessité d’entretenir des liens sereins avec les ancêtres afin d’assurer à la descendance du défunt une vie paisible et heureuse. Loin d’être tournées vers la mort, ces funérailles sont une ode à la vie! La fête est heureuse pour les personnes adultes ou âgées, pour les jeunes et les enfants la fête est moins fastueuse et plus triste.

Car sans les ancêtres, le passage d’une étape de vie à une autre perd de son sens et les pratiques perpétrées depuis des siècles perdent leur justification. Les ancêtres, à l’image des êtres chers que l’on perd ailleurs dans le monde, offrent protection. Leur bénédiction est essentielle au déroulement heureux de la vie. Et effectivement, l’entretien de ces liens passe par les sacrifices de zébus.

Mais loin d’être tous sacrifiés sur le trône de la mort, le nombre de zébus tués est minutieusement calculé en fonction des besoins et des ressources. Ainsi, un zébu unique sera sacrifié pour le décès d’un homme (ou femme) pauvre, là où plusieurs dizaines seront sacrifiés pour le riche chef de troupeau. L’on gardera toujours une majorité de zébus à offrir en héritage aux enfants du défunt, pour assurer leur avenir.

Les zébus incarneront alors tant la monnaie d’échange pour l’achat des matières premières (bois, pierres, ciment, tissus) nécessaires pour les funérailles, qu’un signe de rang par le nombre de zébus offerts en sacrifice aux ancêtres. Ils matérialiseront la rémunération du chef de cérémonie et seront offert en repas de fête aux invités.

A l’instar du renforcement des liens avec l’au-delà, les funérailles sont également l’occasion de réaffirmer le pouvoir d’un lignage. Pour asseoir ce pouvoir, les funérailles doivent être prestigieuses: plus grand est le tombeau, plus riche est le défunt. Ces tombeaux peuvent aller de la taille d’une petite habitation traditionnelle à plusieurs mètres de long. D’autres signes encore indiquent le prestige de la personne décédée. Les aloalo, poteaux en bois érigés sur le tombeau, racontent l’histoire du défunt et sont des souvenirs de l’époque à laquelle il a vécu: avion, voiture, soldat, fonctionnaire en costume ou charrette. Les cornes de zébus posées sur le tombeau indiquent le nombre de zébus tués pour la cérémonie.

Les funérailles jouent également le rôle de renforcement des alliances entre les lignages par un système de don contre don: les invités offrent le jour des funérailles une enveloppe contenant une participation financière, induisant une dette obligeant la réciprocité, le jour où les « offreurs » seront eux aussi dans le besoin.

Dans cette société où l’Etat est quasiment inexistant en termes de prise en charge sociale, les liens claniques et lignagers constituent l’unique système de sécurité sociale des familles qui, en cas de problèmes, n’ont que rarement les ressources nécessaires pour faire face.

Ce type de solidarité est ambivalent et propre aux sociétés sans Etat: elle présente autant une charge sociale importante que l’unique porte de sortie en cas de besoin. La solidarité interpersonnelle est concrétisée dans l’ensemble du pays par un échange d’enveloppes, reçues aux différentes étapes de la vie des individus. Ces dons sont marqués des noms des personnes qui l’offrent, dans le but d’une réciprocité future.

Ici dans le sud, l’argent s’offre dans des sacs : « on reçoit des sacs pleins d’argent, qu’on utilisera pour prendre en charge les dépenses liées à l’enterrement. Il ne restera que très peu d’argent une fois qu’on aura tout décompté ». Les cérémonies rituelles sont ainsi le second poste de dépense majeure dans cette région après les dépenses quotidiennes.

Les funérailles apparaissent comme l’évènement clé dans la vie des Mahafaly et tirent leur importance du fait qu’elles favorisent le maintien des deux relations essentielles à la survie et à l’organisation sociale mahafaly: les liens entre les vivants et les ancêtres et les liens entre les vivants. Le zébu intervient alors, loin d’être un objet de contemplation, comme un moyen de sécurisation du quotidien et de maintien du fil de ces relations.

On puisera dans les troupeaux les ressources nécessaires pour faire face aux problèmes du quotidien. Ce type d’accumulation est menacé par les nombreuses attaques de voleurs de zébus, phénomène courant dans la région et qui se déroule dans une violence grandissante.

Ainsi, l’organisation des funérailles est bien plus profondément ancrée dans la réalité et dans une logique de survie que ce que les mythes et légendes nous en disent. A la question : « On raconte que l’ensemble du troupeau est sacrifié à la mort d’un chef de troupeau, est-ce la vérité ? » voici ce qu’un vieux chef de lignage nous répond très pragmatiquement « mais que mangeraient alors les générations à venir ? »

Posté le 29 août 2012 dans Madagascar, Récit

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  • D. PARISOT

    Enfin le fin mot de cette histoire, je trouvais également étrange que tout un troupeau soit sacrifié à la mort de son chef. Il n’y avait pas de logique pour la survie de sa descendance.
    Très bon article.

  • Lina

    Je ne sais pas trop quoi penser de cet article. Pour avoir passé 3 mois dans un village de la brousse malgache je n’ai jamais ressenti ce besoin d’avoir de nombreux enfants, ni l’angoisse des femmes quant à l’insécurité affective etc… Les cyclones qui ravagent les cultures me semblent des problèmes plus concrets et vécus sur le terrain. Mais j’étais dans la région de Fianarantsoa, c’est peut-être différent.

  • je besoin de savoir la coutume traditionnelle malgache surtout au grande Sud de Madagascar.

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