Au Liban, l’attente au quotidien des réfugiés syriens

ACF au Liban aux côtés des réfugiés syriens

Le camp de Ghaze est le théâtre de drames humains pour les personnes handicapées physiques et psychologiques, et affectées par la guerre. Najah, 42 ans, originaire de Homs s’occupe de sa fille aveugle et de son mari, qui est resté handicapé après être tombé d’une moto alors qu’il fuyait un bombardement. Tous les deux se confinent toute la journée dans la pénombre de la boutique. Aucun ne souhaite sortir. « Nous sortirons le jour où nous pourrons rentrer chez nous », dit le père.

Najah ne peut retenir ses larmes lorsqu’elle raconte son histoire : « La vie était devenue trop difficile en Syrie. Je pensais que nous pourrions résister mais après trois ans de guerre j’ai cédé. Je n’en pouvais plus ». Aidée par des connaissances, elle réussit à atteindre le Liban avec son mari et sa fille. Cet hiver est le troisième qu’elle passe dans la Vallée de Bekaa. « Un jour j’ai cru que nous allions mourir ici-même », raconte-t-elle d’une voix entrecoupée. « C’était tard dans la nuit, et la neige tombait avec force. Le grondement du vent était assourdissant quand soudain la toile a cédé sous le poids de la neige et nous sommes restés à découvert. »

Lors de cet événement, la famille de Najah s’est fait aider par des ONG, qui depuis le début de la crise organisent des interventions spécifique pour l’hiver, avec comme objectif de renforcer les structures des installations. Lorsque des tentes s’effondrent, et qu’elles ne peuvent pas être remises sur pieds, les ONG transfèrent les familles temporairement dans d’autres foyers jusqu’à ce que la neige s’arrête et qu’elles puissent réparer leur maison.

Dans la Vallée de Bekaa, près de 500 000 réfugiés sont exposés à des températures extrêmes pendant plusieurs mois : en hiver avec le froid, et en été avec un thermomètre atteignant les 40 degrés. Les familles vivent dans des structures de plastique très précaires. Elles n’ont pas accès au chauffage et très souvent à l’eau car elle gèle les jours de grand froid. Pour se réchauffer, elles font des feux à l’intérieur des boutiques et comme toujours, ce sont les enfants et les personnes âgées qui souffrent le plus.

Cependant, malgré l’augmentation de la vulnérabilité de la situation des réfugiés, les fonds diminuent drastiquement. En 2016, seulement 46% de l’appel aux fonds des Nations Unies à travers le Plan de Réponse humanitaire pour la Syrie, évalué à 3 180 millions de dollars, a été récolté. « Le soutien international aux institutions gouvernementales et aux communautés locales atteint un niveau qui n’est malheureusement pas proportionnel aux nécessités », explique Jésus Capilla, responsable des programmes d’eau et assainissement d’Action contre la Faim au Liban.

De plus, la pression migratoire que subit le Liban est immense : « Le pays connaît la plus grande concentration par habitant de réfugiés au monde, 1 personne sur 5 vivant au Liban est un réfugié syrien », souligne Capilla.

Abdul, le « shawish », chef de communauté de Ghaze 003, a pleinement conscience de cette situation. « Nous devons continuer à lutter pour améliorer nos conditions de réfugiés, mais sans perdre de vue tout ce que le Liban a fait pour nous jusqu’à maintenant. Il nous a accueillis sur son territoire. Ce sont donc nos frères », dit-il alors qu’il aide Fatima à pousser la chaise roulante d’Ali qui baisse le regard, honteux de s’être trouvé bloqué dans la boue.

Crédit photo : © Lys Arango

Posté le 10 avril 2017 dans Liban

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