Dans l’intimité des camps de Kaboul

Le regard de Giovanna Winckler-Roncoroni, psychologue à Action contre la Faim.

Kaboul, 1 800 mètres d’altitudes, maisons grises construites le long d’une large vallée. Les  hautes montagnes sont austères, enneigées. Il n’y a pas d’arbres. Rien n’arrête la poussière chaude de l’été. Ici il y a les couleurs du ciel changeant et de la terre grise et brune. Contrairement à leur terre, le peuple est généreux, habitué à accueillir les voyageurs de passage. Leur histoire est complexe et douloureuse, leurs origines variées, fruit des multiples invasions.

Les Afghans, je les ai rencontrés là, dans les terrains vagues autour de Kaboul, sur ces espaces destinés à la construction d’immeubles pour la nouvelle classe émergeante. Les camps, appelés KIS (Kabul Informal Settlements), sont un regroupement illégal de populations déplacées venant de tout le pays ou chassés d‘Iran ou du Pakistan. Toute la richesse ethnique du pays est là : les Pachtous, les Cujis, les Jogis, les Tadjiks. Les langues sont multiples : le Dari, le Pachtou et une infinité de dialectes. Les habitants ont fui la pauvreté, la guerre, les Talibans, la sécheresse, une inondation, etc. Ils sont venus à pied ou entassés dans un bus, quelques affaires attrapées au vol. Les enfants, interloqués, regardant en arrière, leur village, leur maison, l’incertitude.

Un homme me confie : « C’est difficile dans les camps. Il y a beaucoup de violence, nous n’avons pas d’avenir. La vie dans les camps n’est pas une vie, nous allons partout et nulle part ».

C’est dans les KIS qu’ACF a ouvert en août 2011 cinq centres de nutrition destinés aux femmes et aux enfants malnutris des KIS. Une recherche sur les pratiques de soins et de santé mentale m’a permis de rentrer sous leurs tentes, d’être admise dans l’intimité des femmes.

Des Afghans travaillant pour ACF m’ont accompagnée, aidée à franchir le pas sortir des stéréotypes aveuglants. J’ai vu la misère de près, à cause du froid intense, d’un cadre de vie où l’homme peut perdre son humanité, les enfants malnutris, le regard des enfants qui ont grandi trop vite, la fatigue qui marque les visages, les mains qui connaissent le travail depuis l’enfance…

Ce sont d’abord les femmes et les enfants que je rencontre. Les hommes sortent de la tente pour que les femmes puissent répondre aux questions, parler sans honte. Rassemblées pour se réchauffer, les femmes assises ou accroupies sur les tapis ou les nattes, de tout âge, allaitent ou serrent de petits enfants autour d’elles, trop calmes, les yeux dans le vide, la fatigue, la faim.

Les femmes sont contentes de parler, de raconter leur souvenirs, leur vie de jeune mariée, de me parler de leur mari, de leur attachement progressif, de rire et de pleurer face à leur destin. Petit à petit ce monde se dévoile, les femmes parlent sans gêne ; j’ose poser des questions plus personnelles. Le rôle de chacun  -homme, femme, enfant- s’éclaircit.

 

Photo : © ACF, Sandra Calligaro – Afghanistan

Posté le 11 mars 2013 dans Afghanistan, Live

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