Madagascar: vulnérabilité et pratiques de survie en période de soudure alimentaire

Cela fait 3 semaines que je suis à Madagascar, tout au Sud, au-delà du tropique du Capricorne! Je suis ici pour diagnostiquer des systèmes agricoles, dans une zone où l’alimentation des gens dépend uniquement de ce qu’ils peuvent cultiver…

La saison des pluies ne dure que 3 mois, et comme les gens n’ont pas accès à l’eau, ils doivent courir après le peu de pluie qui tombe pour planter quelques pieds de maïs, manioc et haricots.

Quand tout ce qu’on a récolté a été mangé, il faut attendre encore au moins 4 mois pour récolter de nouveau. Ça s’appelle le Kere, la famine ou période de soudure. Pendant cette période, on mange ce qu’on trouve, dans la savane, ou dans le peu de forêt sèche qu’il reste.

Ce sont généralement les femmes qui sont chargées de la cueillette à proximité du village, tandis que les hommes partent pour plusieurs jours cueillir et chasser plus loin en forêt. Généralement, les femmes ne partent pas seules, elles sont accompagnées par les enfants.

Hier, nous avons ainsi accompagné une femme du village de Vonje, un petit village de la Commune d’Ankazomanga, une de nos 5 Communes d’intervention. Nous sommes parties avec toute une ribambelle d’enfants dans la savane: ils couraient dans tous les sens, sautaient au-dessus des termitières…

Ce qu’on trouve le plus en savane, ce sont de petites baies, les Shely et les Lamoty. On en mange autant qu’on en ramène au village, si ce n’est plus! On peut aussi cueillir les Moky, de petits tubercules sauvages au goût fade un peu sucré qu’on peut manger cru ou cuit. Pour les trouver, il suffit de reconnaitre ses feuilles qui se distinguent à peine des herbes de la savane, mais tous les enfants savent le faire.

Et puis, si on a de la chance, on trouvera quelques criquets, oiseaux dans leur nid ou encore mieux… un hérisson.

Cette alimentation est souvent insuffisante, d’autant plus que le peu d’eau collectée pendant la saison des pluies est plus que rationnée. D’après les villageois, ce qui est le plus dur, c’est que pendant le Kere, au moment où ils ont le plus faim, les hommes, les femmes, et parfois même les enfants doivent prendre leur bêche pour aller travailler la terre en attendant la prochaine récolte.

S’ils n’ont pas assez de force, parce qu’ils ont trop faim, ils ne peuvent pas bien planter, et la famille ne récoltera que peu d’aliments. Et moins les récoltes sont importantes, plus la période de soudure suivante durera longtemps…

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Posté le 26 juillet 2012 dans Madagascar, Récit

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Response (1)

  1. Joachim LEZOU
    9 janvier 2013 at 12:59 · Répondre

    C’est triste… Des aménagements hydro-agricoles peuvent atténuer voire améliorer considérablement le système de production agricole à travers des forages spécifiques pour alimenter notamment des parcelles potagères au goutte à goutte. Lhydroponie également peut faire l’affaire.

    Ce sont juste des suggestions qu’il conviendrait néanmoins de penser dans un cadre global d’agriculture durable.

    Bonne étude!

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