Malnutrition en Ethiopie: les femmes en première ligne

GodeHC_PLW- Ethiopie

Dans le sud-est de l’Éthiopie, à proximité de la Somalie, la région Somali paie le plus lourd tribut à la malnutrition, avec 25 % de l’ensemble national des admissions pour malnutrition aiguë sévère. Cette zone aride connaît sa troisième année sans pluies suffisantes, avec pour résultat de mauvaises récoltes et un bétail décimé. Comme la population est essentiellement pastorale, les conséquences sont dramatiques et l’insécurité alimentaire se propage.

« Lorsque vous allez dans les villages, vous voyez clairement les conséquences de la sécheresse : vous apercevez des cadavres d’animaux et vous vous rendez compte que les gens souffrent de pénurie de nourriture et d’eau. Dans certaines zones, la sécheresse entraîne l’apparition de maladies diarrhéiques aqueuses en raison des mauvaises conditions d’assainissement. La diarrhée provoque une déshydratation et empêche de bien absorber les nutriments, ce qui peut conduire les personnes les plus vulnérables à souffrir de malnutrition » raconte Mohammed, le responsable du programme de nutrition et de santé d’Action contre la Faim.

Pour lutter contre cette maladie, les équipes d’Action contre la Faim soutiennent les structures sanitaires locales et forment les personnels de santé à détecter et à traiter la malnutrition chez les jeunes enfants, chez les femmes enceintes et chez les mères allaitantes.

Dans l’un des dispensaires de la ville de Gode, une centaine de femmes enceintes et allaitantes attendent sous le soleil. Il y a une semaine, une séance de dépistage de la malnutrition a été menée dans leur kebelé (village), situé à 20 minutes de marche de là.

Aujourd’hui, elles sont venues chercher des rations de supplément alimentaire thérapeutique, un mélange de maïs et de soja enrichi en vitamines et en minéraux qui va les aider à reprendre du poids et à retrouver la santé. « Elles reçoivent un mois de traitement, explique Arab Sirad, responsable adjoint du programme de nutrition. Nous fournissons également des aliments thérapeutiques pour les enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition aiguë modérée. En parallèle, nous avons formé plus de 130 agents de santé. »

Handi Bedir ethiopie acf

Handi Bedir a deux enfants, un de sept ans, l’autre d’un an. C’est la deuxième fois qu’elle vient chercher le traitement : « Je peux sentir la différence dans mon corps, ma santé physique s’est améliorée depuis que je prends le traitement. Je me rends régulièrement au dispensaire car je suis enceinte de dix mois. Cette semaine, je vais demander une assistance médicale pour l’accouchement. J’ai eu mon premier bébé dans la brousse et le deuxième à l’hôpital de Gode. » Handi vend des tomates sur le marché local. « C’est notre seule source de revenus. Mon mari est cheikh à la mosquée, il ne touche pas de salaire. »

Les femmes effectuent la plus grosse part de travail à la maison et sont souvent les seules à gagner de l’argent. Pour certaines d’entre elles, il est difficile de venir demander une assistance médicale. Une mère discute avec un membre de l’équipe de nutrition : « Les jours où je ne travaille pas, c’est une perte économique énorme pour ma famille. Je sais bien que je dois amener mes enfants au dispensaire, mais en même temps, j’ai besoin de travailler pour nourrir toute la famille. » Pour améliorer l’accès à l’aide humanitaire, les agents de santé viennent effectuer le diagnostic dans les villages, en annonçant la séance de dépistage quelques jours auparavant.

En raison des crises en cours, le rayon d’intervention d’urgence d’Action contre la Faim a doublé avec le soutien de la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne (ECHO), le Fonds humanitaire éthiopien (EHF), le Bureau américain d’assistance aux catastrophes à l’étranger (OFDA) et le Programme alimentaire mondial.

 

Photographie © Léa Vollet pour Action contre la Faim.

Posté le 7 novembre 2017 dans Ethiopie

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