Le mariage, le saut dans l’inconnu

A Kaboul, le regard de Giovanna Winckler-Roncoroni, psychologue à Action contre la Faim.

Le mari et la femme ne se connaissent pas, ne se choisissent pas. Souvent des cousins choisis par la famille, les parents ou un oncle paternel, à peine aperçus avant d’être mariés. Le début de la vie d’une femme avec son mari est chargé de peur ; elle ne connait rien, n’a reçu aucune explication.  » Tu dois lui obéir et être patiente  » lui dit-on.

Quand je leur demande :  » … et l’amour ?  » elles rient.  » Petit à petit nous apprenons à nous connaitre, parfois nous pouvons nous aimer… C’est notre tradition !  » disent-elles. On se marie pour resserrer le lien entre familles, par intérêt économique, à cause de la pauvreté. Le lien du mariage est fort ; c’est une tradition solide, une étape obligatoire pour l’homme et la femme. A ce rôle, ils sont préparés dès leur enfance.

Dès le mariage, la maison de son mari est le lieu de vie de la femme. Parler, communiquer semble souvent difficile, l’intimité et la timidité se confondent. L’isolement les fait souffrir. Beaucoup de femmes me diront pleurer seules sans demander de l’aide, sans chercher du réconfort.

Pour rendre visite à leur famille, à leur mère ou sortir du camp, les jeunes femmes doivent demander l’autorisation à leur mari, être accompagnées par un homme de la famille. Leur vie est confinée à quelques pas de la tente, surveillée par la belle-mère, protectrice de l’honneur de la famille. Une femme qui se promène sans être accompagnée par un homme, vue trop souvent seule loin de sa tente est considérée comme libre. Femme protégée du regard des autres hommes, c’est sur elle que l’honneur de la famille repose.

C’est par la voix des femmes que je découvre la violence, parfois palpable, visible, qui laisse des traces. Comportement socialement accepté, là où les paroles ne sont pas prioritaires, la fatigue, la dépression, enlèvent leur espace aux mots, c’est le geste qui devient communication. La femme, victime potentielle de la violence de ses parents, puis de sa belle-mère et de son mari.  » C’est normal que mon mari me batte car je n’ai pas bien fait ce qu’il m’avait demandé.  » dit une femme dans un groupe de discussion. Les femmes entre elles rient en me parlant de leur mari qui les bat.

Le regard devient triste, voilé par la honte, les mots sont plus difficiles à trouver quand la violence est gratuite et quand elle laisse des traces. Confrontée depuis toujours à ce comportement la femme en parle sans gêne.

Je les verrai en faire de même pour se faire obéir de ses enfants, pour faire taire un bébé qui pleure trop. Quand je leur dis d’arrêter, elles me regardent étonnées, ne comprenant pas mon malaise. Les femmes suivent le chemin de leur mère, de leur grand-mère et plus loin encore, sans espace pour un choix, sans connaitre d’autres traditions, mais en laissant percevoir leurs questions.

Posté le 23 avril 2013 dans Afghanistan, Live

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