Pourquoi le phénomène El Niño aggrave la faim ?

Depuis mars 2015, un épisode El Niño particulièrement intense est en cours, et les prévisions indiquent qu’il devrait se poursuivre jusqu’à l’été 2016. Cet épisode est responsable de nombreuses sécheresses, d’abord ressenties en Amérique centrale puis en Afrique de l’Est et en Asie du Sud-Est ; ainsi que des inondations spectaculaires en Inde, au Kenya et en Amérique du Sud.

El Niño est l’un des modèles de variabilité climatique les plus connus et est associé à des anomalies climatiques partout dans le monde. Les épisodes El Niño entraînent d’importantes fluctuations de la météo mondiale et influencent les régimes de température et de précipitation, provoquant des catastrophes naturelles telles que des inondations, des sécheresses et des cyclones. Les désastres entraînés par El Niño ont souvent de graves impacts socio-économiques, et ses conséquences sont connues sous plusieurs formes : décès, migrations, dommages à la propriété et aux infrastructures, insécurité alimentaire, épidémies de maladies et pénuries d’eau. Suite à l’épisode El Niño de 1997-1998, on estime à plus de 24 000 le nombre de personnes ayant perdu la vie, et à près de 30 milliards d’euros, les conséquences chiffrées de cet évènement.

Les sécheresses impactent particulièrement la sécurité alimentaire des populations affectées. La réduction de l’intensité et de la fréquence des précipitations empêche les agriculteurs de mener à bien leurs cultures et les prive des points d’eau nécessaires à leur bétail. Cela entraîne ainsi la perte ou l’absence de récoltes et le décès de leurs animaux. On note alors que la disponibilité des denrées alimentaires est davantage réduite, impactant directement les familles rurales qui n’ont plus les moyens de se procurer leur alimentation. En conséquence, des millions de personnes souffrent de la faim.

En février 2016, le Gouvernement Ethiopien a reconnu que 10 millions de personnes étaient en besoin urgent d’aide alimentaire dans le pays. Ces chiffres seraient susceptibles de passer à 15 voire 18 millions dans les prochains mois[1]. Les réserves de l’année dernière sont épuisées et la récolte de cette année est compromise par la sécheresse continue qui touche l’Ethiopie. Depuis 50 ans, c’est la pire sécheresse connue par le pays. L’Afrique australe est également fortement touchée, on y compte près de 14 millions de personnes qui souffriraient de la faim selon le Programme Alimentaire Mondial[2]. De nombreux pays où ACF intervient sont également touchés, tels que le Soudan du Sud, la Somalie, Djibouti, le Zimbabwe ou Madagascar. Enfin, près d’un million d’enfants souffriraient actuellement de malnutrition aigüe sévère en Afrique Australe et Orientale des suites de ces deux années de sécheresses et de précipitations erratiques[3].

Parallèlement, ce sont des inondations qui ont ravagé des milliers d’hectares de cultures au sud de l’Afrique de l’Ouest et au Kenya ou qui ont paralysé la ville de Chennai en Inde pendant plusieurs semaines.


[1] http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/africaandindianocean/12160769/UN-says-El-Nino-drought-has-left-a-million-African-children-severely-malnourished.html

[2] http://www.wfp.org/news/news-release/el-nino-set-have-devastating-impact-southern-africas-harvests-and-food-security

[3] http://www.unicef.org/media/media_90252.html

Posté le 25 mars 2016 dans Gardons un œil sur le climat, Live, Plaidoyer

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