RCA. Docteur Jean-Chrysostome Gody : le médecin qui est resté

« Mon pays a fait de moi la personne que je suis. J’ai étudié ici. Je dois rendre cela à mon pays en aidant les enfants et leurs parents. »

Le docteur Jean-Chrysostome Gody, est le directeur de l’hôpital pédiatrique de Bangui, le CPB. Une unité de prise en charge de la malnutrition de l’hôpital y est gérée par Action contre la Faim.

Le docteur Gody est l’un des rares médecins qui sont restés en République centrafricaine après que le pays ait été plongé dans un conflit violent il y a trois ans. Le pédiatre de 58 ans se confie lors d’une visite au CPB.

 

« Je suis l’un de ceux qui croient que vous vivez non seulement pour vous mais aussi pour d’autres, » dit-il. « J’aurais eu honte de laisser les gens souffrir, puis d’avoir à revenir et à les regarder dans les yeux. Cela aurait été trop difficile pour moi. Je ne pouvais pas vivre avec cette idée. »

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Au début de 2013, des combattants Séléka principalement musulmans ont pris le pouvoir à Bangui, la capitale de la République centrafricaine, provoquant des représailles de la part de milices chrétiennes dites anti-balaka. Des centaines de milliers de personnes ont fui Bangui, prises entre deux feux. Parmi elles, de nombreux médecins et étudiants en médecine à l’hôpital, qui sont allés à l’étranger. Suite à l’élection d’un nouveau président en Mars 2016 cette année, et une courte période de stabilité, des violences sporadiques ont de nouveau éclaté dans le pays. Un million de personnes – soit un cinquième de la population – sont toujours déplacées.Le docteur Gody et trois autres médecins, qui sont également resté, ont gardé l’hôpital ouvert tout au long de la pire période de violence en 2013, ouvrant leur porte aux patients adultes ainsi qu’aux enfants blessés durant le conflit.

« De nombreux enfants ont été blessés par balles – jusqu’à 30 par jour pendant la première semaine, puis un à deux chaque jour », se souvient le médecin. « Nous avions beaucoup d’enfants amputés. Au bout de deux semaines, nous nous sommes très vite rendu compte que nous étions complètement dépassés et nous avons dû réorganiser l’ensemble du système de soins de santé avec le soutien des organismes d’aide. Ces partenariats ont joué un rôle essentiel. »

Dr Gody admet que travailler ici est un défi compte tenu de l’absence de personnel, qui a dû fuir. « Nous avons dû travailler beaucoup, nous impliquer physiquement et psychologiquement, pour être en mesure de trouver d’autres personnes pour nous aider, comme les organismes d’aide, comme Action contre la faim », confie-t-il.

Le pédiatre a un message pour ses confrères « Pour les médecins de la République centrafricaine, je dis, il y a beaucoup de choses que vous pouvez faire pour votre pays Pour les autres médecins du monde entier qui veulent donner quelque chose aux êtres humains dans la souffrance, nous avons des emplois ici en République centrafricaine. Nous étions en danger et nous sommes toujours là. » 

 

L’événement qui l’a le plus marqué durant le conflit de 2013, a été de voir une mère arriver à l’hôpital avec sa sœur, qui est morte de ses blessures peu après, et son fils, qui avait les deux jambes gravement blessées après l’explosion d’une bombe dans une église. « Le fils a dû être opéré très rapidement », raconte le Dr Gody. « A un moment, la mère est entrée à l’hôpital et a vu deux rebelles armés. Elle voulait les combattre avec ses mains nues. A l’intérieur de l’hôpital. J’ai à peine eu le temps de l’arrêter et de la retenir, en lui disant ‘économisez votre énergie pour prendre soin de votre fils’. En tant que médecin, j’ai vu la manifestation de la haine dans le cœur de cette mère. » Pour lui, se débarrasser de cette haine sera l’un des plus grands défis du pays ces prochains mois.

 

 

Crédit photo : Samuel Hauenstein-Swan

Posté le 4 novembre 2016 dans RCA

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