RDC : « Notre maison a été brûlée et notre bétail volé »

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RDC – Le Kasaï sous haute tension (3/5)

Témoignage 

Maloula, 4 ans et et Mouloumba, 20 mois, sont maintenant orphelins. Tous deux sont hospitalisés depuis deux semaines dans l’hôpital de Diketemenia, au cœur de la province du Kasaï, en République Démocratique du Congo. Ils souffrent de la forme la plus grave de malnutrition et de plusieurs maladies. C’est leur  grand-mère Tomba, à leur chevet, qui veillent maintenant sur eux, accompagné par leur autre frère.  Leurs parents sont décédés il y a 3 mois lors de l’attaque de leur village par des hommes armés. Depuis un an en effet, le Kasaï – région aussi vaste que l’Italie – qui n’avait pas connu de troubles depuis des dizaines d’années, est entrée dans un tourbillon de violences entre milices et armée congolaise ou via milices villageoises interposées. Les opérations militaires pour réprimer ce soulèvement sont elles-mêmes très violentes. Ces affrontements liés à la situation politique dans le pays au départ sont en train de tourner à l’affrontement ethnique, et la famille de Maloula et Mouloumba qui habitait un petit village du Kasaï en a subi les conséquences.

 

La famille vivait de l’agriculture et de l’élevage, mais aujourd’hui : « nos champs ainsi que ma maison ont été brûlés et notre bétail volé et mangé par les hommes armés. J’ai tout perdu » explique Tomba.  « L’attaque du village a été très rapide. Tous les villageois ont tenté de courir au plus vite dans la forêt pour échapper au massacre et se cacher. »  Tomba, son mari et ces 3 petits enfants s’y sont également cachés pendant deux mois. C’est là que les enfants sont tombés malades : « nous dormions dehors dans la forêt dans des conditions très dures. L’eau était mauvaise, la nourriture rare. » Les enfants ont  attrapé le paludisme et souffrent encore aujourd’hui de diarrhées liées à l’eau consommée et d’infections respiratoires liées aux mauvaises conditions sanitaires. Ces maladies, ajoutées au manque de nourriture variée, les ont rapidement entrainés vers la malnutrition.

 

 

« Au bout de deux mois, quand nous avons cru comprendre que la situation s’était un peu calmé, nous avons décidé de rejoindre la ville pour y trouver du secours. Tous les villageois survivants sont partis, nous ne pouvons plus rien faire dans notre village : tout est détruit ou pillé. Nous avons marché pendant 12 jours. Au début nous avions un peu de nourriture, mais à la fin plus rien. Je suis directement venue à l’hôpital en arrivant. Le petit tas de vêtement que vous voyez à côté : c’est tout ce que nous avons aujourd’hui.  Moi aussi je dors à l’hôpital, car je n’ai nulle part où aller. Mon mari, dehors, essaie de trouver une solution, mais je ne sais pas quoi faire. Nous ne connaissons personne, à la ville, ici. Je ne sais pas où nous pourrons vivre  » explique Tomba en essuyant de contenir ses larmes.  

Le médecin de l’hôpital confirme que l’histoire de Tomba et de ces 3 petits enfants est symptomatique ces jours ci à l’hôpital : « nous assistons à une flambée des cas de malnutrition. Le grand axe routier entre la ville de Tshikapa et les villages reculés se libèrent un peu, donc de nombreuses familles cachées en brousse tentent de rejoindre la ville. Les cas de paludisme, fièvre typhoïde, dysenterie et infections respiratoires sont très nombreux au vu des conditions de vie extrêmement précaires qu’ils ont du subir dans la forêt. Beaucoup de gens vont encore venir si la route se sécurise» prédit-il. Selon les estimations des Nations Unies, 1.4 million de personnes ont ainsi été obligés de fuir leur maison pour trouver refuge en brousse ou dans des familles d’accueil. La République Démocratique du Congo est devenue en quelques mois le pays ayant la plus grande population déplacée de toute l’Afrique.

 

Dans cette région parmi les plus pauvres de cet immense pays – lui-même parmi les plus pauvres du monde -les gens n’ont pas les moyens de payer des soins de santé, qui ne sont pas gratuit. Comme l’explique le médecin : « si il n’y a pas d’ONG ou de partenaires pour couvrir les soins de santé et assurer les approvisionnements d’intrants thérapeutiques, les gens ne viennent pas. Depuis que nous avons du soutien de partenaires, la fréquentation de l’hôpital a quadruplé. »

Il y a un peu plus de deux mois, les équipes d’Action contre la Faim constatant l’impact du conflit sur la malnutrition ont en effet lancé des programmes de traitement de la malnutrition dans 11 centres de santé du Kasaï. A la fin du mois de juillet, plus de 2000 enfants souffrant de malnutrition aigue sévère avaient déjà été admis dans les programmes de soins soutenus par ACF. Une goutte d’eau à l’échelle de la zone touchée, mais un début, comme peut le constater Tomba qui en 15 jours a vu une vraie amélioration de l’état de santé chez ses deux petits enfants: « au début, ils avaient des œdèmes partout. Les œdèmes ont maintenant dégonflé. Mouloumba va mieux, mais  Maloula refuse toujours de s’alimenter. Il faut continuer. » Un soutien qui devra s’accompagner au plus vite d’autres  activités pour aider les familles qui ont tout perdu comme celle de Tomba à essayer de reprendre une vie normale.

RDC : LE KASAÏ SOUS HAUTE TENSION NOTRE DOSSIER

Posté le 29 août 2017 dans Afrique, Live, République Démocratique du Congo

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