RDC : « Plus de 300 enfants sont en cours de traitement dans le centre »

Notre dossier
RDC – Le Kasaï sous haute tension (4/5)

Témoignage 

Milolo fait la queue patiemment avec ses deux enfants devant le centre de santé de Kasaï 1, aux environs de la grande ville de Tshikapa dans la province du Kasaï, au cœur de la République démocratique du Congo.

Ce matin-là, ils sont plus d’une soixantaine de personnes à attendre que l’unique infirmier de ce petit centre de santé procède à l’examen des enfants pour établir s’ils souffrent de malnutrition aigüe sévère ou non. Si tel est le cas, il pourront intégrer ou poursuivre le programme de traitement.

« En ce moment, il y a plus de 300 enfants en cours de traitement dans le centre, alors que ce service n’existait pas il y a deux mois ! Nous avons un peu de mal à suivre, d’autant plus que pour nous aussi ce traitement est nouveau » précise l’infirmier.

Face à la recrudescence de la malnutrition en lien avec la crise humanitaire actuelle dans le Kasaï, Action contre la Faim soutient ce centre de santé ainsi qu’une dizaine d’autres dans la zone pour la prise en charge de la malnutrition. Claude, le responsable nutritionnel d’Action contre la Faim sur cette zone, prodigue des conseils à l’infirmer et à son équipe pour les aider à prendre correctement les mesures des enfants, à poser les questions appropriées aux parents, ou vérifier si il y a des maladies associées à la malnutrition qui nécessiterait de référer l’enfant vers une structure médicale plus poussée pour une hospitalisation.

 

 

Pour Claude, « dans toute la zone, la situation est similaire : la malnutrition a drastiquement augmenté depuis le début de la crise dans les Kasaï il y a un an maintenant, avec la crise alimentaire en cours et les mauvaises conditions sanitaires auxquelles sont exposées les personnes qui se sont réfugiés en brousse notamment. Nous pensions traiter 1700 enfants en 5 mois, et finalement en un mois et demi nous avons déjà dépassé les 2000 enfants en traitement. Nous risquons rapidement de ne pas avoir assez de médicaments et d’aliments thérapeutiques pour traiter tout le monde »

Depuis un an en effet, un désaccord entre un chef traditionnel de la province voisine et l’Etat central a dégénéré en une vaste crise touchant 5 provinces dans une zone aussi grande que l’Italie. Cette crise s’est caractérisée par un très fort niveau de violence entre l’armée congolaise et des milices villageoises ou par milices interposées : des dizaines de villages ont été brulés, des centres de santé, écoles et infrastructures détruites, les champs brûlés… Si personne ne sait exactement combien de personnes ont été tuées, on en serait actuellement à plusieurs milliers. Près d’un million et demi de personne ont dû fuir leurs villages pour se cacher en brousse ou trouver refuge dans des villes ou villages avoisinants. Avec la destruction des cultures et de certains marchés, l’impossibilité pour nombre d’agriculteurs d’accéder à leur champs pour cultiver en toute sécurité, le blocage de certaines routes d’approvisionnement, et la crise économique actuelle dans tout le pays caractérisée par une très forte inflation ; les prix des denrées alimentaires ont plus que doublé voire triplé par endroits, les rendant inaccessibles pour la majorité des habitants. Aujourd’hui, 2.8 millions de personnes sont en situation de crise alimentaire, voire d’urgence alimentaire, le dernier stade avant la famine.

C’est l’histoire de Milolo et de sa fille Tomba, âgée d’à peine deux ans : « nous avons été chassé de notre village il y a un mois par des milices. Il y a eu des affrontements ethniques, et j’ai été séparée de mon mari à ce moment-là : je ne sais pas où il est, ni même s’il est encore vivant. Nous nous sommes réfugiés en brousse, mais il n’y avait rien à manger et l’eau était difficile à trouver. C’est en brousse que Tomba est tombée malade : elle avait de la fièvre, de la toux et des diarrhées. J’ai rejoint Tshikapa par les chemins de brousse avec mes deux enfants et une vingtaine d’autres personnes cachées avec moi, car nous avions trop peur d’emprunter les routes à découvert. Nous avons mis une semaine. En arrivant ici, comme je ne connais personne dans la zone, je me suis réfugiée à l’église d’à côté : nous sommes une dizaine de familles à dormir le soir dans l’église. Même si c’est précaire, je veux rester ici pour le moment, j’ai trop peur pour ma sécurité si je retourne au village. »

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Posté le 29 août 2017 dans Afrique, Live, République Démocratique du Congo

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