S’adapter pour mieux cultiver – l’agriculture face aux changements climatiques

A l’instar des scientifiques et des organisations de la société civile, les Etats membres de la Convention cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique sont unanimes : le changement climatique met à mal la sécurité alimentaire en menaçant l’agriculture dans la grande majorité des pays du monde.

Moins de précipitation, plus de chaleur, des pluies soudaines et torrentielles, baisse de rendements, recrudescence des maladies et ravageurs des cultures (acridiens, limaces, insectes divers, rongeurs et oiseaux), et autres phénomènes peu prévisibles. Telle est la liste non exhaustive des effets du changement climatique sur l’agriculture et la production alimentaire. Pour y faire face, des systèmes de production plus durables : moins exigeants en eau, plus résistants aux chocs, protégeant les sols fertiles de l’érosion et reposant d’avantages sur les services écosystémiques doivent être mis en avant. Dans son travail d’accompagnement sur l’adaptation des agricultures familiales au changement climatique et à travers son travail de plaidoyer, Action contre la Faim défend et promeut l’Agroécologie.

Un concept ancien dont l’efficacité n’est plus questionnable

Le concept d’agroécologie aura bientôt 100 ans mais le modèle s’est surtout développé à partir des années 70, en opposition à l’industrialisation de l’agriculture. L’idée est que l’agriculture mime la nature et tire un plus grand avantage des services rendus par les écosystèmes. C’est une agriculture très économe en intrants qui utilise peu de pesticides, pas d’engrais chimiques, et qui est basé sur une gestion optimisée des ressources naturelles (eau, sol, biodiversité). L’agroécologie favorise l’autonomie des producteurs car elle favorise la promotion des semences locales, un recours restreint aux intrants de de synthèse et une valorisation de la matière organique.

Si son efficacité est souvent discutée, des preuves sont désormais établies par divers travaux scientifiques : une étude de 2005 indiquait déjà que des pratiques agro écologiques mises en place en Afrique et en Asie permettent des augmentations de rendement moyennes de 79.2% et jusqu’à 146%[1].

Un modèle résilient aux impacts du changement climatique

L’agroécologie est centrée sur le sol et plus particulièrement sur la vie du sol : champignons, bactéries, insectes, vers de terres ; qui fournissent aux plantes les nutriments dont elles ont besoin en dégradant la matière organique (restes des cultures précédentes, feuilles, bois, fumier). Plus le sol est vivant, plus il supporte la croissance saine des plantes[2]. Cela, permet de réduire les pesticides et également de produire des aliments plus nutritifs[3]. Les sols plus riches en matière organique conservent plus longtemps l’eau en cas de sècheresse et la stockent mieux lors des pluies torrentielles et des inondations.

La diversité de bactéries, champignons et insectes dans le sol permet également de lutter plus efficacement et naturellement contre les maladies des cultures et les attaques des ravageurs.

L’agroécologie ne doit pas être limitée au stockage du carbone dans les sols

Des initiatives internationales valorisent l’agroécologie dans la restauration des sols dégradés. En effet, l’enrichissement du sol en matières organiques, principe à la base de l’agroécologie, permet de réaliser le double bénéfice de re-végétaliser des zones désertiques et de stocker du carbone de l’air, source d’effet de serre.

Action contre la Faim est très vigilante face aux initiatives qui pourraient promouvoir l’accaparement des terres dans les pays du Sud sous prétexte de réhabiliter les sols via l’agroforesterie. Le stockage de carbone et les crédits auxquels il donne droit ne doivent pas être un prétexte d’accaparement des terres des plus vulnérables.

Enfin, une étude publiée en mars 2016 montre que le stockage de carbone dans les sols est vraiment efficace pour atténuer les changements climatiques, quand il s’accompagne d’un changement de pratiques. Il est indispensable de diminuer drastiquement le recours aux engrais chimiques et de réduire l’élevage industriel dont les émissions de méthane et protoxyde d’azote ont deux fois plus d’effet[4].

En conclusion, une agriculture adaptée aux changements climatiques se base sur l’agroécologie et doit être portée par les agriculteurs familiaux qui produisent 70% de l’alimentation mondiale.

Pour en savoir plus : Pour une bonne nutrition et positionnement ACFIN agroécologie.

 


 

[1] http://pubs.acs.org/doi/pdf/10.1021/es051670d

[2] http://orgprints.org/17976/ et http://www.bioversityinternational.org/uploads/tx_news/Gestion_de_la_biodiversite%CC%81_dans_les_e%CC%81cosyste%CC%80mes_1699_02.pdf#page=257

[3] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4141693/

[4] http://www.nature.com/nature/journal/v531/n7593/pdf/nature16946.pdf

Posté le 26 avril 2016 dans Gardons un œil sur le climat

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