Somalie : « Je mendie les restes des repas de mes voisins »

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En Somalie, plus de 615 000 personnes ont dû quitter leurs foyers, poussées par la soif et la faim depuis Novembre 2016. Fatuma Isaaq, 30 ans, a quitté sa maison dans la région de Baay pour rejoindre Mogadiscio avec ses cinq enfants. Son mari est resté sur place dans l’espoir que les maigres pluies annoncées fassent germer leurs plantations de sorgho, d’haricots et de maïs.

“Nous avions du bétail mais tous les animaux sont morts. Tout ce qui nous reste c’est notre ferme qui n’a rien produit depuis trois ans. Mon mari espère que la pluie arrivera, il a préféré rester sur place » explique Fatuma.

Enceinte, la jeune femme a entrepris un voyage de deux semaines pour rejoindre la capitale, en quête d’aide. Elle a marché plusieurs kilomètres avec ses enfants en transportant 20 litres d’eau. Bien que la famille ait réussi à négocier un voyage dans un camion qui allait à Mogadiscio pour 2,50 dollars, le voyage de 15 jours a été dur et ponctué de pannes.

« J’avais l’impression que plus rien n’irait bien. Nous avons été pris dans une embuscade et toutes nos affaires ont été volées. Heureusement que les gens avec qui nous voyagions ont été solidaires. »

A son arrivée à Mogadiscio, les nouveaux voisins de Fatuma se sont inquiétés de l’état de santé de son plus jeune fils, Asad. La jeune mère pensait que la décoloration de peau de l’enfant et ses éruptions cutanées étaient temporaires. Heureusement, ses voisins l’ont convaincue de rejoindre le centre de nutrition d’Action contre la Faim à Hodan, dans Mogadiscio.

« Asad était en état de malnutrition aiguë sévère » explique Deqa Said Mohamed, le superviseur du centre d’Action contre la Faim, « il présentait les symptômes typique du kwashiorkor qui est une forme sévère de malnutrition. L’enfant est atteint d’œdèmes, d’une décoloration de la peau, de dermatite et son caractère devient particulièrement irritable. »

Lutter contre la faim au quotidien

Après quelques semaines, l’état d’Asad s’est amélioré. Bien que sa peau présente toujours des décolorations, les gonflements ont diminué et son appétit grandit de jour en jour. « Désormais, les gens me demandent si c’est bien le même enfant, ce qui me rend très heureuse ! » sourit Fatuma.

Si son fils est désormais hors de danger, Fatuma, comme beaucoup de déplacés, a du mal à assurer la subsistance de sa famille. Il y a peu d’opportunités d’emplois et son mari ne peut pas lui envoyer de l’argent. Pour en gagner, la jeune femme cumule les tâches manuelles. « Principalement, je lave le linge de personnes ou je nettoie leur maison pour nourrir mes enfants » explique-t-elle.

Elle perçoit 1,50 dollars par jour ce qui n’est pas suffisant pour toute la famille. Les jours où elle se rend au centre pour le traitement d’Asad sont autant de jours non travaillés. « Quand nous n’avons pas de nourriture, je quémande les restes de leurs repas à mes voisins. »
Action contre la Faim a identifié Fatuma et sa famille pour bénéficier d’un programme en sécurité alimentaire et moyens d’existence. En avril, elle a reçu 70 dollars et recevra deux autres versements similaires en mai et juin. Grâce à cet argent, elle a pu acheter des biens de première nécessité : de la nourriture, des vêtements ainsi qu’une protection pour recouvrir et protéger son abri. « Cela améliore beaucoup notre quotidien. Dans le camp, les abris sont de mauvaise qualité. Avant, quand il pleuvait le sol était inondé. Nous ne pouvions pas nous coucher et nous passions la nuit debout. »

Photographie © Khadija Farrah pour Action contre la Faim.

Posté le 31 mai 2017 dans Somalie

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