Somalie : « Nous avons dû supplier pour avoir de l’eau »

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Près de 615 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, ont tout quitté pour échapper à la sécheresse qui sévit en Somalie depuis plusieurs mois. Hawo Abdi, 29 ans, veuve et mère de cinq enfants, a fui son village d’Alafuto, dans la région de Lower Shabelle pour rejoindre Mogadiscio. Dans l’espoir de trouver de l’aide, de la nourriture et de l’eau. Elle vit aujourd’hui dans un camp pour personnes déplacées dans le district de Kaxda.

Les terres ont souffert du manque de pluie

Quand elle commence sa longue marche vers Mogadiscio, Hawo ne sait pas quand aura lieu son prochain repas, ni quand elle pourra boire de l’eau potable. Le long de la route, les sources d’eau sont pour la plupart contaminées, rendant les personnes vulnérables aux maladies infectieuses.

« Nous n’avons pas mangé durant plusieurs jours, raconte la jeune femme. Ma famille a payé 2 dollars pour qu’on puisse monter dans une voiture qui allait à Mogadiscio. Nous sommes partis sans rien et nous avons dû supplier pour avoir de l’eau. »

Beaucoup de familles déplacées sont des nomades pastoraux – des éleveurs de bétail ou de moutons – dont le cheptel a péri. D’autres, comme Hawo, sont des agriculteurs dont les terres ont terriblement souffert du manque de pluie. « A la maison, j’avais une ferme où je faisais pousser du maïs pour notre consommation. Nous avons toujours eu assez à manger. Mais plusieurs saisons de pluie successives ont été mauvaises et nous ne pouvions plus faire face à la situation. »

Son mari décède alors qu’elle est enceinte de deux mois de son dernier enfant. « C’est dur sans lui, s’il était encore vivant aujourd’hui, il m’aiderait. Je n’ai pas d’argent pour acheter de la nourriture ou du lait pour les enfants. La seule nourriture que je reçois vient du centre d’Action contre la faim. »

Somalie-Khadija Farrah pour ACF
L’organisation gère à Hodan, à côté de Mogadiscio, un centre de stabilisation, où les enfants qui souffrent de malnutrition aiguë sévère accompagnée de complications médicales sont pris en charge. Pour les enfants sans complications médicales, ils peuvent bénéficier de traitements thérapeutiques en consultation externe.

Légende : Le centre de stabilisation d’Action contre la Faim enregistre 60 nouvelles admissions par mois. Les traitements en consultation externe admettent eux 150 nouveaux enregistrements.

Sévèrement malnutri, Ali, le plus jeune enfant d’Hawo est admis au centre en urgence. A son arrivée, il ne peut plus se nourrir ni même téter. Il bénéficie désormais d’un programme alimentaire à base de lait thérapeutique qui lui permet de retrouver la santé et l’appétit.

« Je ne savais pas où aller ni quoi faire. J’avais l’impression d’être une mauvaise mère. Heureusement une voisine m’a dit d’aller au centre de stabilisation où son enfant avait été traité pour les mêmes raisons. J’y suis allée aussi vite que j’ai pu » sourit Hawo.

Même si la saison des pluies, appelée Gu, apporte une amélioration dans certaines parties de la Somalie, la vie des enfants restent difficiles, surtout dans les camps de déplacés où ils vivent dans des abris de fortune. « Notre abri est de mauvaise qualité. On utilise des bouts de chiffons et des petits sacs plastiques pour recouvrir le toit. Mais dès qu’il pleut, l’eau s’infiltre à l’intérieur. J’ai peur que mes enfants tombent malades » explique Hawo.

Selon les Nations Unies, 360 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition en Somalie. Plus vulnérables, ils ont davantage de risques de mourir durant une sécheresse à cause de maladies qui pourraient être évitées telles que le choléra, la diarrhée ou la rougeole. En 2011, près de 260 000 personnes sont mortes durant la famine. La moitié d’entre elles étaient des enfants. Si la situation actuelle venait à se détériorer, cela serait la troisième famine en moins de 25 ans.

Photographies © Khadija Farrah pour Action contre la Faim.

Posté le 2 juin 2017 dans Somalie

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