Ukraine : Une population toujours dépendante de l’aide humanitaire

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Pour la population de Triokhizbenka en âge de travailler, le principal problème est la pénurie d’emplois résultant du conflit. En effet, le village est coupé de la ville de Louhansk et d’autres localités, désormais considérées comme des zones non contrôlées par le gouvernement. Or c’est là que, avant le conflit, les gens allaient travailler. C’est aussi là que se trouvaient les marchés où les agriculteurs locaux, très nombreux dans ce village, vendaient leurs produits.

Avec le soutien financier de l’Union européenne, Action contre la Faim a mis en œuvre un programme visant à procurer une assistance financière polyvalente aux plus vulnérables des résidents touchés par le conflit qui sévit en Ukraine de l’Est. Ils peuvent de la sorte couvrir leurs besoins de base en matière de nourriture, d’hygiène, de paiement des services publics, de médicaments et autres frais.

Le témoignage de Larisa

Avant le conflit armé qui frappe l’est de l’Ukraine, Larisa était infirmière à l’hôpital de Louhansk. « Je ne mettais que 40 minutes à me rendre à Louhansk en bus le matin, et pareil le soir pour rentrer. J’adorais mon travail et j’étais heureuse dans ma nouvelle maison avec mon nouveau mari (nous sommes ensemble depuis 2012) et nos enfants. La fille de Sergey et mon fils vivaient avec nous à l’époque. Tout a changé quand la guerre a éclaté chez nous. Je suis au chômage et mon mari a lui aussi perdu son emploi. Nos enfants ont quitté le village et nous ne pouvons pas aller leur rendre visite pour la simple raison que nous n’avons pas d’argent pour les billets. » L’absence d’opportunités d’emplois et l’accès restreint aux marchés obligent les gens à dépendre de l’aide humanitaire et à produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin pour leur propre consommation.

Larisa a maintenant 47 ans. Elle est au chômage car il n’y a pas d’hôpital dans son village, et aucune autre possibilité d’emploi pour elle. Son mari, Sergey, a 41 ans, et il est lui aussi confronté à des problèmes d’emploi. Il était constructeur, mais travaille depuis peu comme gardien d’école pour le salaire minimum, qui ne suffit pas à couvrir leurs besoins les plus élémentaires. Larisa est asthmatique et a besoin de médicaments. Elle passe en effet une grande partie de son temps dans son jardin, où abondent les allergènes qui provoquent de temps en temps chez elle des crises d’asthme. Elle continue cependant à travailler au jardin.

« Il faut bien que nous mangions quelque chose. Le salaire de mon mari, gardien à l’école du village, est très bas. Il ne suffit même pas à payer les factures des services essentiels et à acheter des médicaments. Grâce à l’aide d’Action contre la Faim, nous parvenons à payer nos principales factures et les médicaments. Je peux maintenant acheter des médicaments pour mon asthme, ce que je ne pouvais pas me permettre avant : ils sont devenus tellement chers ! Bien entendu, nous faisons tout notre possible pour alimenter notre famille. Nous cultivons des tomates, des pommes de terre, des concombres, de l’ail et un tas d’autres légumes et nous cueillons des fruits pour nous nourrir. Nous en vendons aussi une petite partie ou nous faisons des échanges avec nos voisins. Nous mettons aussi des fruits et des légumes en conserve en vue de l’hiver qui approche. »

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Outre le jardinage, Larisa fait du tricot. Cela évite à la famille d’avoir à acheter certains vêtements, et puis cette autre activité l’aide à se détendre et à oublier un peu ses problèmes et ses soucis. « J’aime bien tricoter, surtout le soir et en hiver. Malheureusement, nous n’avons pas le droit d’allumer la lumière en hiver le soir, nous sommes trop proches de la ligne de front. Cela empiète donc sur mon temps de tricot. Je peux encore le faire à la lumière de la bougie, tout de même. J’échange parfois ce que je tricote contre d’autres biens ou contre de la nourriture avec d’autres habitants du village. »

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« Tous ceux qui, ici, reçoivent une aide humanitaire apprécient grandement ce soutien. Mais ce dont nous avons vraiment besoin, c’est que la paix revienne chez nous et de pouvoir retourner à notre vie normale d’avant. Nous sommes forts et nous pouvons travailler. »

Photographies © A. Budagovska pour Action contre la Faim.

Posté le 15 novembre 2017 dans Témoignages, Ukraine

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