Un regard sur la famille Afghane

Par Giovanna Winckler-Roncoroni, Expert psy. Kaboul, 1 800 mètres d’altitudes, maisons grises construites le long d’une large vallée. Les hautes montagnes alentour sont austères. Sur les terrains vagues autour de la capitale, destinés à la construction d’immeubles de standing, se regroupent les camps illégaux accueillant les populations déplacées par la guerre ou les désastres naturels ainsi que ceux chassés d‘Iran ou du Pakistan. Les habitants de ces KIS (Kabul Informal Settlements) ont fui la pauvreté, la guerre, les Talibans, la sécheresse, une inondation, etc. Dans le cadre de l’étude sur les pratiques de soin et la santé mentale, j’ai rencontré ses habitants aux côtés des équipes afghanes d’ACF. La vie y est déjà tracée.

Le monde des femmes

Les filles s’occupent avec tendresse et savoir-faire de leurs cadets. Leurs gestes sont marqués par l’habitude. Les tâches domestiques rythment leur journée où l’école n’a pas ou peu de place et où le jeu est rare. Les tâches ménagères n’ont aucune surprise pour elles: nettoyer, aller chercher l’eau, cuire le pain ou préparer le thé. Mais elles sont prêtes à faire d’une responsabilité un jeu. Elles accomplissent leur devoir comme une évidence. Rencontrez Yasmina Gul, et son frère Allah Au moment du mariage la séparation d’avec leur famille est difficile, c’est un saut vers l’inconnu. Étonnamment j’ai découvert que cette séparation est la plus grande source de tristesse parmi les femmes qui vivent dans les camps. Plus que la pauvreté, la migration, la violence… Une fois mariée, la famille du mari devient la famille de la jeune mariée. Chaque femme est alors soumise à l’autorité de sa belle-mère et de son mari. La belle-mère est dans une position d’autorité sur elle avec pleins pouvoirs dans la maison. C’est elle qui décide de ses tâches quotidiennes, l’assiste pendant l’accouchement, a le droit de la punir, avec violence parfois. Toutefois elle peut aussi la traiter comme sa propre fille, l’aider avec les enfants. « J’ai du tout lui apprendre, elle était si jeune, ne savait rien faire, elle est devenue comme une fille » me confie l’une d’elle.

L’institution du mariage

L’homme et la femme ne se choisissent pas, ne se connaissent pas forcément. Le début de la vie d’une femme avec son mari est chargé de peur, elle n’a reçu aucune explication, « tu dois lui obéir et être patiente » lui dit-on. Quand je leur demande : « … et l’amour ? », elles rient, se regardent. « Petit à petit nous apprenons à nous connaitre, parfois nous pouvons nous aimer… c’est ainsi notre tradition ! » me disent-elles. On se marie pour resserrer le lien entre familles. Le lien du mariage est fort, c’est une tradition solide, une étape obligatoire pour l’homme et pour la femme. Rencontrez le jeune couple : Quasim et Nargis

Le territoire des hommes

Tous les matins, accroupi avec d’autres au bord de la route, l’homme attend un emploi comme travailleur journalier. C’est son devoir en tant qu’homme de la famille de subvenir à ses besoins, d’acheter la nourriture, les chaussures si précieuses. Lorsque le travail manque, souvent pendant les mois d’hiver, il se sent coupable, a l’impression de perdre son rôle de chef de famille. Moment fragile dans une vie déjà précaire. Ce père est capable de tendresse. Quand du travail, le père joue avec ses enfants, les prend sur ses genoux ; ils se racontent des blagues, rient ensemble. Dès que ses enfants commencent à sortir seuls de la tente, du territoire de leur mère, le père les accompagne dans cette découverte. Il amène ses enfants en dehors du camp, à la mosquée, voir la famille, leur apprend le respect des vieux, les prépare à leur vie d’adulte.

Comment savoir qu’il y a une vie différente quand on n’a pas accès à l’éducation, quand tous autour ont le même destin ? Quand on est né dans le camp, en sortir est un luxe.

Posté le 16 janvier 2013 dans Récit

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